« D’exil en exil » déçoit

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Dès le premier jour de cette septième édition du Festival international du théâtre de Béjaïa, une pièce intitulée d’Exil en exil, une production helvétique, a été programmée dans la grande salle du TRB qui a fait salle comble. La pièce qui s’inscrit dans le genre du théâtre musical a été présentée par Mathieu Chardet, avec un accompagnement musical de Ayser Vançin. Le tout a été présenté dans une ambiance de tristesse, de mélancolie et pour tout dire, d’ennui. Ce n’est pas que le sujet qui est inintéressant, ou les acteurs mauvais. C’est tout simplement le choix même du thème. Alors que les gens s’attendaient à une pièce proprement helvétique, racontant une péripétie à la Heidi, l’histoire de Calvin, un des principaux héros nationaux Suisses, ou même l’histoire de Guillaule-Tell, le légendaire fondateur de la confédération. Non, Mathieu Chardet a préféré parler d’un autre héros, qui ne démérite pas, loin s’en faut, mais Turc, et qui n’a rien avoir avec le pays du fromage et du chocolat. L’acteur, sur fond d’une musique jouée sur hautbois et sur piano par la Turque Ayser Vançin, a bien joué son rôle. Une belle voix a lu, tout le long de la pièce, des textes du poète Turc, parfois sous forme narrative, et d’autres fois sous forme chantée. Et même, à plusieurs reprises, il a esquissé des pas de danse. Le problème ne réside pas non plus dans la qualité musicale, puisque les morceaux joués étaient corrects et même parfois beaux. Ce qui leur manquait en fait, c’était un peu de rythmique et moins de mélancolie. La pièce demandait beaucoup de concentration de la part du public. Et les spectateurs ont même essayé de donner un peu de vie dans cette représentation qui manquait totalement d’action et de mouvement, en accompagnant les chants par des applaudissements. Il faut particulièrement aimer ce genre de poésie pour apprécier ladite pièce. De plus, le public était majoritairement constitué de jeunes qui n’ont jamais entendu parler de Nazim Hikmet, pour eux un obscur poète du début du siècle dernier, même si les sujets abordés restent d’une brûlante actualité. L’amour, la liberté et la démocratie ne peuvent se démoder, et reviennent à chaque génération. La pièce d’Exil en exil a été trop longue et trop lente. Elle a duré près de soixante-quinze minutes, en soirée, alors que le public était venu s’éclater, se changer les idées, se faire plaisir et non se retrouver dans cette atmosphère manquant de vie. Cela ne diminue en rien le talent des acteurs qui ont fait une belle prestation. Mais le scénario aurait dû mieux prendre en charge cet aspect et donner plus d’animation au jeu théâtral. La Suisse nous aurait-elle donc trompés en s’annonçant comme telle, et en présentant un sujet différent de ce que le public attendait ? On ne peut par conséquent considérer que la confédération helvétique ait été présente au FITB. À la fin de la représentation, plusieurs spectateurs se sont montrés soulagés d’en avoir fini. Certes, il y a un vrai besoin de faire connaître l’œuvre de cet immense poète qui a vécu d’exil en exil, sans jamais abandonner le combat. Il mériterait une meilleure place dans les médias, les manuels scolaires et les livres universitaires. Alors que les portes de cet univers semblent lui avoir été à nouveau fermées, Mathieu Chardet et Ayser Vançin qui semblent être de véritables militants de la cause Hikmetienne, travaillent depuis l’année 2008 à le faire reconnaître et le réhabiliter en passant par la fenêtre que semble lui ouvrir le quatrième art. N’aurait-il pas été plus judicieux de l’annoncer sous étiquette turque, puisque Nazim Hikmet n’est plus banni de la culture turque et qu’il a été réhabilité par le gouvernement en 2009 ?

N. Si Yani

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