Auteur de plusieurs ouvrages, Ramdane Lasheb est enseignant de tamazight (langue berbère) en Kabylie. Dans le cadre d’une thèse de doctorat à l’université de Pau (France), il mène une recherche sur l’éducation au patrimoine culturel. Son dernier ouvrage intitulé ‘’Monographie d’un village kabyle : Tala Khelil’’ est sorti aux éditions L’Odyssée de Tizi-Ouzou. Comme dans toutes les sociétés de tradition orale, l’histoire de la Kabylie n’est parvenue à notre génération que par «bribes». La transmission orale a ses limites, notamment lorsque l’évolution du monde s’accélère et que les modes de vie changent. Ce qui a été écrit de l’histoire de la Kabylie est en grande partie l’œuvre des envahisseurs qui se sont succédés en Afrique du nord. Les écrits des Berbères sont relativement récents pour l’essentiel. Cela a comme conséquence que, sauf quelques exceptions, nos villages n’ont pas vu leur histoire écrite et/ou transmise. Surtout avec l’arrivée de «la civilisation de l’écrit», notamment dans une école qui enseigne l’histoire des envahisseurs et dominateurs sans considération pour l’histoire des premiers habitants de la Berbérie. Ainsi, la chaîne de transmission orale se brise tout en aliénant les jeunes Amazighs. Même si les monographies des villes et villages ne peuvent pas se substituer au travail des historiens, cela permet de recouvrer un peu de notre mémoire et identité. Monographie d’un village kabyle, Tala-Khelil (Ed. L’Odyssée, 20015) de Ramdane Lasheb s’inscrit dans cette démarche. Pour les besoins de ses recherches qui s’étalent sur plus de vingt ans, Ramdane Lasheb analyse de la poésie et des légendes. Il interroge la mémoire des anciens (aujourd’hui disparus). Il consulte les archives et examine des vestiges archéologiques. Ces matériaux lui permettent de remonter le temps et de poser les hypothèses de la naissance et de l’évolution du village. Le livre est organisé en cinq chapitres qui retracent l’histoire de Tala-Khelil, de ses origines à nos jours. Il y est question de lieux, de population, de personnages, d’événements, d’éducation, etc. Ramdane Lasheb ne se contente pas de transcrire les événements ou les portraits, il réfléchit aussi sur la mémoire de son village dans une écriture intelligemment impliquée. La lecture de cet ouvrage donne envie de faire le même travail pour son village, d’autant plus que la démarche méthodologique de Ramdane Lasheb peut donner des idées qui faciliteront les recherches. On travaille sur les matériaux disponibles et on arrive à «remonter» le temps et à rétablir un peu de notre mémoire avant qu’elle ne soit frappée d’une amnésie irréversible.
Hocine. M
Ses publications :
Zik-nnideg Wat Dwala, Ed. Tira, 2009.
Chants de guerres des femmes kabyles, Ed. L’Odyssée, Coll, Aru, Tizi Ouzou, 2010.
Autour de la civilisation amazighe (berbère), Ed. L’Odyssée, Tizi Ouzou, 2013.
Lgirra n 1954-1962 degtmedyazt n tilawin, Ed. Achab, Tizi Ouzou, 2014.
Monographie d’un village kabyle, Tala Khelil, Ed. L’Odyssée, Tizi Ouzou, 2015.

