Plus de 120 ans après l’institution de l’état civil en Algérie, des enfants n’y ont toujours pas droit.
Un enfant sans patronyme ? Cela peut paraître invraisemblable. Pourtant c’est une réalité. Et c’est le cas de Toufik qui l’illustre. L’adolescent, qui vit avec sa mère au village Tigrine, dans la commune d’Ighil Ali, souffre comme un damné. Toufik est né dans la chaumière de ses parents, alors que sa maman était en instance de divorce. Les multiples tentatives de la mère d’inscrire son enfant au registre d’état civil n’ont jamais abouti. L’instance judicaire lui réclame des témoins pour accéder à sa demande. Sollicités, les deux demi-frères de Toufik refusent mordicus de le reconnaitre, sous prétexte qu’il est illégitime. Une sorte de conspiration du silence s’installe !
L’association des enfants victimes de la séparation conjugale offre ses bons offices et vole au secours de cette maman et de son fils. Un combat épique de 5 longues années, mais qui butte sur l’inflexibilité de l’administration.
Alors que l’on s’apprête à célébrer la journée internationale des droits de l’enfant, coïncidant avec le 20 novembre, l’association, présidée par le très actif Zaidi Djerrah, revient à la charge, en rappelant à l’Etat ses responsabilités et son engagement à respecter la convention de l’ONU de 1989 relative aux droits de l’enfant.
Dans une requête adressée, ces jours-ci, aux différentes instances de l’Etat, on peut lire :
«Partant du principe universel des droits humains et plus particulièrement ceux des enfants, nous apportons à votre attention notre mécontentement suite à la prise à la légère du cas d’un enfant nommé Toufik, âgé de 16 ans, scolarisé au CEM Ighil Ali et résidant au village Tigrine. Il n’a ni extrait de naissance ni carte d’identité à ce jour».
Et de solliciter les hautes instances de l’Etat «pour intervenir et prendre en charge ce cas qui ne demande pas la charité mais un droit à un nom et une existence». Plus résolue que jamais, l’association promet dans le cas où sa requête n’aboutissait pas, de «recourir à tous les moyens légaux pour amener les chargés du dossier à appliquer la loi et surtout, prendre toutes les mesures nécessaires pour inscrire cet enfant sur le registre d’Etat civil de la commune de Boudjelil, quelles que soient les conditions».
N. Maouche

