Tout comme les jeunes de son âge, c'est en écoutant ses aînés qu'il avait commencé à fredonner des chansons de son temps. Encore très jeune, Amar Chellouche a fabriqué une guitare avec un bidon d'huile. Mais, c'est grâce à son frère aîné qui lui avait offert sa première guitare- il le savait doué pour la musique- que notre chanteur a "percé" dans la chanson même s'il n'avait que seize ans. D'année en année, il se contentait de chanter pour les jeunes de son village. En 1992, il édita son premier album "Ithvir". Depuis, à cause de la décennie noire, notre chanteur fit quelques pas en arrière. Vingt-trois ans après, il revient avec un deuxième album, déjà sur les étals, depuis trois mois. Cet opus lui donne encore beaucoup de courage à reprendre les studios et la scène artistique.
La Dépêche de Kabylie: tout d’abord, Dda Amar, présentez-vous au public et à nos lecteurs ?
Amar Chellouche : je n’ai pas de nom d’artiste. Je suis Amar Chellouche. Je suis natif d’Ichellouchène du douar de Boumahni, commune d’Aïn Zaouia. J’ai commencé à gratter sur les fils d’une guitare en bidon d’huile au milieu des années 70. Et cela n’a pas été facile dans notre environnement.
Vous n’avez jamais fréquenté un conservatoire de musique, n’est-ce pas?
Quand j’avais quatorze ans. Ce n’était même pas facile d’aller à l’école. Et que dire d’un conservatoire de musique. Comme les jeunes de mon âge, j’ai débrouillé un bidon d’huile et j’ai appris, ensuite, à gratter sur deux fils et ainsi de suite. Je chantais alors les chansons de : Matoub Lounès, Cheikh El Hasnaouin, Chérif Kheddam et bien d’autres. Peu à peu, j’ai pris de l’habitude.
– Et après?
En 1992, j’ai même fréquenté Lounès Matoub. C’était un ami. C’est lui qui m’a encore plus soutenu. Il m’appelait « dégourdi ». Il m’a énormément encouragé. D’ailleurs, c’est cette année-là que j’ai composé ma première cassette » Ithvir ».
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Je veux revenir sur un fait marquant dans ma carrière artistique. C’était le jour où mon frère qui étudiait à Mostaganem m’avait ramené une guitare italienne avec huit fils. Il me l’avait offerte sous des conditions, c’était un événement inoubliable, qui m’a boosté et motivé. Je tiens, d’ailleurs, à le remercier.
Donc, votre rêve a été réalisé ?
C’était le déclic pour moi. Et grâce à Dieu, j’ai commencé à composer. Ensuite, j’ai fait des émissions à la Chaîne 2 et c’était même prévu que je passe dans une émission à la télévision algérienne, à l’époque » Koul Ouahad Oussaâdou ». Juste après le premier album, je me suis arrêté pour des raisons que tout le monde connaît. Le cœur n’y était pas.
Bon, revenons maintenant à ce nouvel album » Taddart Iw. À quoi renvoie ce titre?
C’est un album de dix chansons. Mais, pour le choix du titre, ce n’est pas fortuit. C’est un appel du cœur. À cause des dissensions au sein du village » Thadart », qui à un moment donné a été basculé et a failli disparaître. Donc, il fallait que je compose cette chanson pour que les miens m’écoutent et retrouvent la sérénité. Je ne pouvais quand même pas rester pantois devant ce qui se passait dans notre village. D’ailleurs, cette chanson a servi beaucoup, parce que maintenant nous avons une association qui œuvre justement pour y rétablir l’ordre, la solidarité entre les habitants, la générosité et le calme. Je peux dire qu’elle a réussi l’équilibre entre tous.
On lit sur la jaquette de votre album: Amar Chellouche, paroles et musique. Donc, vous êtes en même temps chanteur, auteur et compositeur ?
Justement, je vais vous dire que je suis fier de l’être parce que c’est mon produit. Et puis, c’est un don de Dieu. Que ceux qui ne composent pas ou n’écrivent pas leurs paroles n’aient pas honte!
Quels sont les autres chansons de cet album?
Bon, je vous citerai Awi d yussan, et cela par rapport à la trahison. Akhalaf, c’est un hommage à un oncle disparu, c’était un enseignant au technicum de Boghni. Nous étions aussi des amis et nous avions quelque chose de commun. Vraiment, cela a été pour moi, un véritable choc. Lahmala N’Yia, puis Tayri m, c’est une chanson d’amour. Ce sont des thèmes sociaux et qui se rapportent à nos valeurs. Il y a même des chansons que j’ai composées quand j’étais jeune et que j’ai voulues mettre dans cet album. Parce qu’avec l’âge, on a des choses à rajouter.
Dda Amar, d’autres projets?
Prochainement, je serai présent à la radio Soummam et peut être à la radio Tizi-Ouzou. En même temps, je suis en voie de composer un autre album. Mais aussi, nous avions, avec la BRTV, réalisé deux clips, ici au village, surtout pour la chanson » Taddart iw ».
Faites-nous part de vos styles musicaux?
Ce sont surtout des chansons sentimentales et rythmiques. D’ailleurs, ce sont des styles qui sont écoutés.
Dda Amar, n’avez-vous pas trouvé de problèmes pour son édition?
Non, pas du tout. Dès que je l’ai proposé l’éditeur l’a accepté. C’est un produit à compte d’auteur. Quant à sa distribution, je la fais moi même. Mais, les échos que je reçois au quotidien sont vraiment encourageants et favorables.
Et pour conclure?
Tout d’abord, je remercie La Dépêche de Kabylie qui est venue à ma rencontre. Je considère cela de votre part comme un encouragement à aller de l’avant. Je remercie aussi toutes les personnes qui m’appellent pour me féliciter sur ce retour sur scène. Je n’oublierai pas de remercier en particulier mon oncle Chellouche Ahmed, dit » Rouget », qui est à mes côtés et qui m’aide beaucoup. Bravo à tout ce beau monde qui applaudit le retour d’Amar Chellouche sur la scène artistique. Mazal El Kheir ar zdath, comme disait Mohia.
Entretien réalisé
par Amar Ouramdane

