La Soummam Le niveau des nappes phréatiques au plus bas – Les agriculteurs dans le désarroi

De mémoire d’agriculteur, nous assure-t-on, jamais le niveau des nappes phréatiques dans la vallée de la Soummam, n’a atteint un niveau aussi bas. Ce sont là les conséquences directes et tangibles d’une sécheresse prolongée. Le déclin des précipitations atmosphériques a, certes, commencé depuis le début de la décennie 1990. Néanmoins, la variabilité interannuelle du volume des pluies compensait largement le déficit enregistré. Il suffisait d’une seule année copieusement arrosée pour renflouer les nappes d’eau, taries par plusieurs années de disette et d’exploitation intensive. Cet équilibre, instable et fragile, est en passe d’être compromis par la persistance d’une pénurie de pluie, inscrite dans la durée. La capacité des nappes à se régénérer commence à atteindre ses limites. Le déficit se creuse chaque année davantage, dans la mesure où l’on puise de façon immodérée dans les réserves. Dans la vallée de la Soummam, on recourt à d’incessants travaux de fonçage des puits pour continuer à irriguer les cultures. «La profondeur de mon ouvrage est passé de 18 à 22 m, en l’espace de deux années. En dépit de cet effort surhumain, assorti d’un investissement colossal, le débit reste insuffisant», témoigne un maraicher d’Ouzellaguen, qui affirme recourir à un arrosage alterné pour se tirer de la mauvaise passe. Le même constat est décliné dans la région de Seddouk : «pratiquement, tous les puits sont à sec, obligeant leurs propriétaires à de coûteux travaux d’approfondissement afin de maintenir exploitable une nappe qui recule d’année en année», souligne un fellah du village Akhenak. «Ceux qui n’ont pas les moyens de supporter un tel investissement se sont vus obligés de tout abandonner», renchérit un autre paysan d’Amalou, exploitant un lopin de terrain à proximité du lit majeur de la Soummam. Ces damnés de la terre, dont le salut ne peut venir que du ciel, ont fait montre d’un sentiment d’inquiétude quant à l’avenir de leur activité laquelle est promise à de sombres lendemains : «si le statue quo devait perdurer encore longtemps, c’est la ruine assurée», conjecture un autre agriculteur de Tazmalt. Etroitement dépendantes de l’aléa climatique, les cultures saisonnières sont les premières à subir les contrecoups de ces soubresauts de la météo. «Vous pouvez constater par vous-même, les périmètres irrigués se réduisent d’année en année. Les temps sont très durs, mais le pire est sans doute à venir», lâche sur une pointe de dépit, un fellah d’El Kseur. Exclusivement de type pluviale, la céréaliculture, dont les parcours ont été ramenés en l’espace de quelques années, de 10 000 à 6 500 ha, commence elle aussi, à pâtir des effets pervers induits par les changements climatiques. L’impact est aussi visible sur la culture fourragère, dont la production marque le pas. En définitive, toutes les filières agricoles subissent, peu ou proue, les conséquences d’un dérèglement climatique inédit.

N. Maouche