La Maison de la culture a exposé la dépouille de feu Taleb Rabah, hier, à ses fans pour lui rendre un dernier hommage et il y a eu une foule d’artistes, de mélomanes et des enfants du peuple venus simplement lui dire au-revoir Dda Rabah.
El Hadi Ould Ali, ministre de la Jeunesse et des sports, qui a fait le déplacement à Tizi-Ouzou pour assister au dernier Adieu du défunt, a fait la déclaration suivante à la presse : «C’est un monument de la chanson algérienne que nous venons de perdre aujourd’hui. Il a toujours rendu hommage aux moudjahidine et aux martyrs de la guerre de libération et voué un respect au peuple algérien». Sinon, la maison de la Culture a grouillé du monde dès les premières heures de la journée d’hier. Il faut dire, que l’information de la triste nouvelle de la mort de ce monument de la chanson Algérienne a vite fait le tour de la Kabylie. D’ailleurs, ils étaient venus de partout à la maison de la culture pour rendre un ultime hommage à ce grand chanteur, aimé et estimé par tous le monde. Hommes et femmes de culture, artistes, chanteurs, comédiens et citoyens anonymes donc, ont tenu à être là pour rendre un dernier hommage à Dda Rabah. Il était d’ailleurs bien difficile pour se frayer un chemin au milieu de cette foule compacte. Au milieu de l’après midi, la dépouille du regretté Taleb Rabah arriva à bord d’une ambulance, avant d’être transportée dans la maison de la culture où elle sera exposée. De la tristesse et de l’émotion se lisaient sur tous les visages des présents qui regrettent la mort du chanteur. Il est vrai que c’est un référent incontestable de la chanson Kabyle qui s’est éclipsé. Il s’en est allé sur la pointe des pieds, bien que nous nous attendions un peu, vu son état de santé. Il avait 85 ans. Rabah Taleb, né en 1930 à Tizit (wilaya de Tizi-Ouzou), est l’enfant d’un village juché au sommet d’une colline dominant la vallée d’Iferhounène à Aïn El Hammam. Il y vit d’expédients jusqu’en 1950. À 20 ans, il entreprend son premier voyage en Moselle (France). En observant un guitariste d’origine mozabite nommé «Hamid Ou M’zabi», accompagnant certains chanteurs déjà connus à l’époque, tels que Slimane Azem et Cheikh El Hasnaoui, il s’intéresse à la musique et au chant. Il se lance en 1955, en participant à l’émission d’amateurs à Radio Paris, dirigée par Amraoui Meyssoum entre autres, avant d’entamer sa carrière professionnelle qu’il poursuit jusqu’à la fin des années 1990. Il vécu en retraité entre la France et l’Algérie. Mort le 22 décembre 2015, il était un auteur-compositeur-interprète algérien d’expression kabyle. Taleb Rabah s’est lancé dans la musique en 1955, côtoyant ainsi les grands noms de la scène musicale algérienne de l’époque, Slimane Azem ou encore Cheikh El Hasnaoui. Parmi les titres phares du maître : Adyell Rebbi Dhemmi, Awin Ihadren Essah, Atajra ifirass, Ma thechfam a yigoudar, Ttrunt walniw… Il s’est engagé dans la lutte de libération nationale dès le début et mis son art au service de sa patrie. Répondant à une question d’un confrère à propos de ses premiers pas dans la chanson, il dira : «Jeune, j’étais fasciné par les chouyoukh. À l’époque, il n’y avait pas de chebs. J’écoutais beaucoup El Hasnaoui, Slimane Azem et autres Farid El Atrach qui m’a envoûté par son luth. Ce sont eux qui m’ont transmis le syndrome de la chanson (…) Je ne suis pas un saint (rires). J’ai chanté la vie dans toute sa simplicité et sa complexité avec ses fresques. Il faut dire que j’ai entamé ma carrière dans un pays, la France, où la liberté de chanter n’était pas un vain mot (…) Comme tout Algérien digne de ce nom, le drame des miens m’a touché dans mon corps et dans mon âme. Mais je considérais que cela aussi faisait partie de la vie. J’ai composé à ce sujet une chanson très significative Ttrunt walniw (mes yeux pleurent) que l’on chantait en cachette dans les cafés. Elle symbolisait le drame de mon pays dans toute sa plénitude. Il y a eu par la suite Ma thechfem ayi gudhar. Pour le reste, l’inspiration me vient dans le calme de la nuit. L’inspiration n’avertit pas quand elle arrive. Il faut, donc, s’y préparer. J’ai toujours de quoi écrire sur ma table de chevet. C’est la nuit qu’on fait son examen de conscience. Cela étant, la création relève de la volonté divine. C’est elle qui pousse à la création et à la composition. » Sa voix nous manquera assurément, son engagement aussi et sa sincérité. Il nous a quittés, hier, sans dire un mot.
Sadek A. H.

