Dans cet entretien, Dr Mouloud Ounnoughene revient sur son livre paru récemment aux éditions Dar Khettab.
La dépêche de Kabylie: Comment vous expliquez qu’un grand musicien comme Iguerbouchène soit méconnu des jeunes générations algérienne ?
Dr Mouloud Ounoughène: Iguerbouchène est un véritable artiste avant-gardiste et ses fusions musicales notamment avec le jazz ou les rythmes latino constituent une démarche novatrice durant les années 40. Malheureusement, l’auditeur n’était pas captivé par ces harmonies parce qu’il a composé dans un style musical qui n’est pas habituellement écouté chez nous. Il a utilisé différentes formes d’expression musicales: la rhapsodie, la symphonie ou la sonate. Il a aussi écrit des quatuors pour oud, derbouka, nay et qanoun. Le peu de personnes vivantes connaissant Iguerbouchène n’ont pas été approchées par les acteurs du monde culturel. Et pourtant, il a collaboré avec de nombreux chanteurs kabyles comme Cheikh Nourredine, Farid Ali, Ahcene Mezzani et bien d’autres encore. Il a composé également une cinquantaine de musiques pour Salim Hellali.
Les œuvres d’Iguerbouchène existent et sont parfois diffusées sans qu’on ne signale qu’il en est l’auteur. Alors qu’il y a une carence de documents et de témoins sur Iguerbouchène, comment vous avez réussi la prouesse de reconstituer son parcours ?
Ce n’était pas évident de démarrer une telle «aventure» avec une partition, une bande son et quelques articles. il fallait nécessairement aller à la recherche d’autres éléments à différents endroits. Je me suis rendu en Autriche pour retrouver ses traces. A Paris et à Londres, j’ai également trouvé quelques informations auprès de ses proches et de certains musiciens. A l’étranger, son nom a souvent été tailladé: Igwer bouchen, Igar bouchen, voir Igor bouchen … En Algérie, très peu de personnes le connaissent. Et ceux qu’il l’ont croisé ne m’ont fourni que peu de renseignements. J’ai dû donc travailler avec des bribes d’éléments et fait des recoupements de mes sources pour reconstituer le parcours et l’œuvre de ce grand maître de la musique. C’est inadmissible qu’un personnage aussi talentueux qu’Iguerbouchène ne soit pas connu dans son propre pays alors qu’il est l’auteur de nombreuses productions musicales. C’est ce constat amère qui m’a amené à l’écriture de ce livre : «Mohamed Iguerbouchène, Une œuvre intemporelle».
Quelles sont pour vous les actions à mettre en œuvre pour rendre l’œuvre de l’artiste plus visible ?
Les partitions d’Iguerbouchène existent et il suffirait d’une bonne volonté pour amener des orchestres symphoniques à les mettre en bandes sonores afin de les rendre accessibles pour un large public. Ses œuvres doivent figurer dans les programmes de l’enseignement musical au sein des établissements scolaires. Encourager et organiser des rencontres et des colloques pour approfondir la recherche et le débat sur le compositeur et ses œuvres parce que son catalogue éclectique est un cas unique d’école. Ses travaux sont éparpillés sur les quatre coins de la planète : Il faudrait les rassembler, les répertorier et les présenter au public dans une démarche pédagogie.
Propos recueillis par T. Y.

