Le siège de la section FFS au niveau de Souk El-Hed, chef-lieu de la commune de Timizart dans la daïra d’Ouaguenoun, fut latéralement envahi par les nombreux citoyens venus de tous parts pour rendre hommage à leur idole Monsieur Hocine Aït Ahmed. L’émotion était à son comble et se lisait sur les visages de tout un chacun, tant la perte de cet immense homme lacerait la chair et le cœur des présents sur les lieux. La tristesse d’avoir perdu un illustre chef mais aussi la fierté d’avoir milité au côté ou au sein du parti de l’homme charismatique que fut Hocine Aït Ahmed se laissaient aisément deviner dans le regard des anciens qui ont pris les armes à l’aube de la création du vieux parti de l’opposition en 1963, pour combattre la dictature de Ben Bella. C’est pourquoi cette veillée, quasi mystique, fut une occasion pour eux d’égrener des souvenirs, des anecdotes mais aussi de réaffirmer leur attachement aux idéaux fondateur du parti et leur fidélité à la lutte que mena, durant toute une vie, le père fondateur du FFS. Ce fut aussi l’occasion pour les jeunes de découvrir auprès des anciens les qualités de guide et de chef que fut Hocine Aït Ahmed. On avait l’impression qu’un flambeau ou un témoin était en train de passer de main en main, de l’ancienne génération vers la nouvelle tel un gage ou un serment tacite de continuité dans la voie qu’avait tracé le descendant du mythique cheikh Mohand Ou L’hocine. La communion était quasi parfaite et le recueillement émouvant. «C’est le minimum qu’on puisse faire pour Hocine Aït Ahmed», nous dira Hend Aït Gueni, militant du parti depuis le retour de son exil du leader à l’orée de l’ouverture démocratique en 1989. Et d’ajouter : «Malgré la douleur que je ressens suite à sa disparition, il me semble qu’aujourd’hui on assiste, en fait, à une renaissance de Hocine Aït Ahmed tant sa légende ne fait que continuer. Face à l’immense hommage qui lui est rendu un peu partout ici comme ailleurs et à travers le monde, quelque chose de fondamentale est en train de se produire devant nos yeux. Les témoignages spontanés des gens simples et anonymes soulignent, mieux que n’importe quel discours, la grandeur de l’homme, la justesse de ses choix politiques, mais surtout son ancrage dans le terroir et son aura jamais démentie».
Témoignage sur témoignage, on évoquait tour à tour comment, lors du congrès clandestin du PPA tenu en 1947 à Belcourt, il avait déjà préconisé la création d’une Organisation spéciale (OS) chargée de la formation des cadres militaires et de la mise en place d’un dispositif clandestin, pour amorcer et développer la lutte armée, on évoqua également son texte historique rédigé par le chef charismatique à l’orée de la création de l’organisation spéciale (OS), le braquage de la poste d’Oran en 1949, son apport diplomatique lors de la guerre de libération, ses prises de positions post indépendance mais aussi lors du printemps berbère en 1980 et son retour triomphal de l’exil en 1990. «Enfant et alors que nous étions à Mostaganem, mes parents évoquaient souvent les grands chefs de la révolution, comme Amirouche, Krim Belkacem, Ouamarane, mais le nom de Hocine Aït Ahmed était quasi vénéré. J’ai découvert pour la première fois le leader kabyle sur les ondes de la radio Monte-Carlo à l’occasion des événements d’avril 1980, où l’opposant au régime accusait déjà l’occident de ne pas prêter assistance à un peuple en danger, la suite allait couler de source puisque j’ai pu avoir, malgré l’interdiction, son fameux livre mémoire d’un combattant le lire et le faire lire à d’autres. Ce que je retiens c’est surtout son côté visionnaire, sa constance dans ses positions, son refus à toute compromission. Il me semble que le souhait de Hocine Aït Ahmed d’être entré dans son village parmi les siens et en soi un choix politique ultime qui met en exergue une volonté farouche à léguer un testament éternel et qui est le suivant : pour être éternel, il faut que le peuple fasse de toi son élu. Justement Hocine Aït Ahmed est l’élu du peuple par excellence !», conclura pour nous Hamid. A. S, l’ancien secrétaire de la section FFS de Timizart qui avait assuré la campagne électorale de Hocine Aït Ahmed, lors de sa candidature aux élections présidentielles de 1999.
A. S. Amazigh
