Da L’Ho s’en ira demain rejoindre son aïeul, «Lbaz i zedɣen leḥsin» (l’aigle habitant les hauteurs). C’était son désir, son baroud post-mortem. Oui, c’en était un de baroud ! Un baroud inattendu qui a conforté mis mal à l’aise ou étonné. At Rgad, comme d’autres tuddar, dans les moments de deuil, se refuse tout commentaire et convoque la sobriété et son comité de taddart pour faire honneur à l’ultime voyage de Da L’ho dans son humus, celui de Cheikh Mohand Oulhocine, là-haut près des cieux. Passé le moment d’aphonie que le testament de Da L’Ho a provoqué se bousculent les pleureuses professionnelles au portillon d’Ath Yahia. Parmi elles, ces députés qui, en 2001, réclamaient la déchéance de Da L’hocine de sa nationalité ou encore ceux qui, en 2009, affirmaient : «un juif marocain contacte Aït Ahmed…» Et écrivaient, la semaine dernière : «Disparition du père spirituel de l’opposition algérienne, le Moudjahid Hocine Aït Ahmed». Tous ces faux dévots, et d’autres encore qui se trouvent être du même humus, surfent sur la vague de l’hommage pour rentabiliser l’image charismatique de l’opposant jusqu’après sa mort. La précipitation sur la vague a fait commettre à l’instrument à percussion un mea culpa suspect et à la missive de la présidence une bourde monumentale. Cette bourde et se mea culpa anachronique feraient certainement sourire Da Lho, lui qui, hier, a essuyé tant d’anathèmes de ces pleureurs- louangeurs d’aujourd’hui. Sadiya n l’Euro ne sourit pas, elle s’esclaffe, avant de lâcher : «Ur ttethin ara, zemren i kulec (aucune retenue, ils sont capables de tout) !». Rezki Dezdeg, lui, ne prête pas attention à l’effervescence qui l’entoure. Il est plongé dans un mutisme inquiétant, depuis la triste nouvelle venue de Lausanne. L’annonce de la disparition de Hocine Aït Ahmed avait comme qui dirait libéré un flux de souvenirs venus de la guerre de libération. Le vieux Rezki se revoit jeunot à peine sorti de la puberté fasciné et enthousiasmé par le charisme de son supérieur Hocine Aït Ahmed. Les images se bousculent dans sa tête, jusqu’à après l’indépendance confisquée. Là en 63, il se revoit en compagnie des maquisards de la démocratie écoutant leur leader, Hocine Aït Ahmed. C’était l’avant dernière fois qu’il le voit. Leur dernière rencontre aura lieu demain, à Ath Yahia, là haut où seuls les Aigles y sont les bienvenus.
T . O. A
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