Retour sur les funérailles de Hocine Aït Ahmed – Déferlante humaine sur Aït Yahia

Comme il fallait s’y attendre, c’est une véritable marée humaine qui a submergé la commune d’Aït Yahia, dans la daïra d’Aïn El Hammam.

Dès jeudi, les originaires de la région se sont installés dans leurs village, en attendant l’arrivée de la dépouille de Hocine Aït Ahmed. Ceux qui ne pouvaient être logés sur place, faute de structures adéquates, sont arrivés dans la nuit pour ne rien rater de l’événement. Aucune place de stationnement, ne serait-ce que pour garer une moto, n’était disponible aux abords du chef-lieu d’Aït Yahia, vendredi matin, dès les premières heures de la matinée. L’espace réservé aux stationnements était déjà occupé dès la veille au soir, par des véhicules immatriculés de la quasi totalité des wilayas d’Algérie. Les encombrements ont, de ce fait, affecté toutes les routes qui mènent vers Aïn El Hammam et Aït Yahia. Une procession, sans fin, de voitures s’est formée à partir de Larbâa Nath Irathen pour ceux qui ont choisi d’y transiter alors que ceux qui sont venus de l’Ouest ont dû ralentir considérablement leur allure, à partir du lieu dit «la tranchée», dans la commune d’Iboudrarene. «Nous avons mis une heure et un quart pour faire le trajet qu’on devait parcourir en une demi heure», indique un enfant de la région, venu de Tizi-Ouzou. Vers huit heures du matin, nous avons surpris un groupe de campeurs, en train de se chauffer et de préparer du café sur un feu de bois, au niveau de la décharge communale aménagée pour la circonstance pour absorber une centaine de voitures. Ils étaient sur place depuis jeudi après-midi. Dans ce parking de fortune, nous avons pu remarquer une centaine de bus de Béjaïa, des voitures des wilayas limitrophes et autres, arrivées des contrées aussi éloignées que Biskra et qui étaient garées comme des sardines en boite. Les visiteurs, arrivés vendredi, étaient si nombreux qu’ils ont dû abandonner leurs voitures avant l’entrée de l’ex-Michelet, soit à environ une douzaine de kilomètres du lieu de l’exposition de la dépouille de feu Aït Ahmed. Les bus réservés au déplacement des citoyens étaient vite dépassés, non seulement par les centaines de visiteurs mais aussi par un embouteillage inextricable sur ces routes de montagnes exiguës. Tous les voyageurs mirent pied à terre, avant le chef-lieu communal d’Aït Yahia. Il leur restait, tout de même, à parcourir plus de dix kilomètres. Les navettes prévues pour déplacer cette marée humaine n’étaient pas au rendez vous. Plus d’une heure de marche est nécessaire pour arriver à destination. Chemin faisant, un vieil homme venu de Bouira, du même âge que le défunt qu’il dit avoir connu, nous raconte le FFS de 1963, avec lequel il avait combattu. Il avançait péniblement, sans à aucun moment penser abdiquer face à la difficulté du trajet. «J’ai loué un taxi qui a démarré à quatre heures du matin», dit-il. Vu son âge et son état physique, il lui sera difficile d’approcher le cercueil, encore moins, la tombe de Dda L’Hocine. Deux jeunes, venus quant à eux de Chlef, nous font part du respect qu’ils vouent au président du FFS. «Nous ne pouvions rater un tel événement que nous nous ferons un plaisir de raconter à nos enfants».

De nombreux visiteurs de la commune d’Aït Yahia découvrent pour la première fois les paysages de la région. Subjugués par sa beauté ils ne tarissaient pas d’éloges devant ce décor de rêve qui accueille aujourd’hui un de ses meilleurs enfants. Les appareils photos devant immortaliser les funérailles du premier responsable du FFS sont sortis pour également faire le plein de souvenirs des Ath Yahia qui ont enfanté Hocine Aït Ahmed. A pied ou en voiture, la marée humaine avançait doucement pour rallier le chapiteau où allait être exposée la dépouille de feu Aït Ahmed, dressé au lieu dit «Thassirth N’chikh». Ils y resteront jusqu’au soir, pour certains, avant de rentrer harassés par cette dure mais inoubliable journée.

Cependant, de nombreux «étrangers» à la région furent déçus de ne pas avoir pu approcher le mausolée de Chikh Mohand, où se trouve la tombe du plus vieil opposant d’Algérie. Mais ils ont tous promis d’y revenir, bientôt, pour un pèlerinage.

A. O. T.