La pièce de théâtre mise en scène par Walid Bouchebah, a été extraite d’un livre de Mouloud Feraoun « Journal : 1955, 1962 ».
Elle a été présentée au public pour la première fois, en novembre dernier, lors du dernier Festival international du Théâtre de Béjaïa. Ladite pièce est un récit que Mouloud Feraoun a relaté durant les années de la révolution algérienne. Le livre écrit par l’auteur de «Fouroulou», n’a pas été rédigé pour servir un jour dans une pièce de théâtre. C’est là qu’apparaît le génie de Walid Bouchebah qui a réussi non seulement à s’en inspirer, mais également à respecter le texte original de l’auteur. Cette pièce a été jouée en français par trois comédiens d’exception : Fodil Assoul, plus connu à Béjaïa comme «Fodil Zalamit», Mourad Oudjit, dramaturge et comédien, connu aussi bien dans le milieu du théâtre que dans le cinéma, et Farouk Boutadjine, acteur, notamment dans «El Manara» et «Mon Colonel». La pièce intitulée «Divorce sans mariage» est importante à plus d’un titre. D’abord, elle est issue de la littérature algérienne, relatant des faits qui se sont déroulés durant la guerre de libération nationale. Son auteur jouit d’un grand prestige, puisque sa littérature demeure encore populaire et son nom respecté de tous. Mouloud Feraoun a été intègre jusqu’au bout, assumant ses idées et exprimant ses positions. Il avait lutté contre la violence «d’où qu’elle vienne», et a fini emporté par elle. Le courage de cet écrivain semble avoir trouvé un prolongement avec la pièce mise en scène par Walid Bouchebah. Le fait d’avoir été sélectionné au Festival d’Avignon est révélateur de sa qualité. Le festival d’Avignon est l’une des plus importantes places théâtrales d’Europe. Il se déroule au mois de juillet de chaque année. L’été prochain, il célèbrera sa soixante-dixième édition. Et c’est une pièce de Bougie qui ira célébrer cet anniversaire pour représenter l’Algérie. C’est déjà un grand honneur pour l’Algérie d’avoir trouvé sa place au milieu des quarante représentations qui sont au programme, et c’est un immense honneur pour Béjaïa de représenter ainsi le pays dans un festival aussi prestigieux. Seulement, la troupe dirigée par Walid Bouchebah fait face à un sérieux problème. En effet, la pièce «Divorce sans mariage» a été produite sur fonds propres, sans aucune aide de l’Etat ou des organismes publics. Une partie des répétitions a, d’ailleurs, été faite carrément dehors, tellement la troupe n’avait pas les moyens d’accéder aux espaces nécessaires au développement d’une telle œuvre. C’est quasiment un miracle, si un tel projet a pu voir le jour. Et aujourd’hui, malgré la notoriété de cette troupe qui commence à se faire une place à l’international, les finances publiques semblent encore absentes de ce projet. Pour l’instant, Walid Bouchebah et son équipe n’ont eu d’autre choix que de recourir à une série de représentations à Béjaïa, Amizour et Alger pour essayer de sensibiliser le public à leur situation et espérer toucher le cœur des spectateurs et des mécènes pour trouver les financements nécessaires à la réalisation de leur projet pour Avignon. En effet, le déplacement au Festival demande des moyens financiers sérieux. Le contrat proposé par les organisateurs à la troupe de Walid stipule clairement qu’il y a des frais à la charge des producteurs de la pièce. Il y a des assurances qu’il faudra payer, des droits d’auteurs à assurer, mais aussi des frais de prise en charge durant ce séjour qui va durer trois semaines. Dans l’Article 3.D, il est clairement dit «Le producteur s’engage à prendre en charge, en totalité l’ensemble des transports aller et retour et effectuera les éventuelles formalités douanières des personnels salariés ou bénévoles, éléments et matériels et en supportera seul le coût éventuel. Les frais d’hébergement, de restauration et des défraiements des personnels qui sont sous sa responsabilité resteront à sa charge». Pour ceux qui ont déjà voyagé en Europe, il n’est pas difficile d’imaginer les montants nécessaires pour mener à bien ces opérations prévues du 9 au 30 juillet prochains. Mais, malheureusement, il n’y a pas que ça. Pour jouer sa pièce, l’équipe de Walid devra louer une salle de spectacles qui sera mise à sa disposition. Le coût de sa location est évalué à plus de 5.000 Euros, que les représentants du théâtre algérien devront payer rubis sur l’ongle. C’est, donc, une somme dépassant le million de dinars que devra trouver Walid Bouchebah pour être à la hauteur de l’honneur qui lui a été fait d’être sélectionné à cette prestigieuse manifestation internationale. En discutant avec Walid Bouchebah et Fodil Assoul, il est clairement apparu que l’équipe a besoin d’aide. Elle ne dispose pas de ces moyens financiers. C’est pourquoi ils ont eu l’idée de se lancer dans cette série de représentations pour essayer de collecter un peu de fonds. Mais ne nous faisons pas d’illusions. C’est à chacun de faire un geste pour venir en aide à cette troupe d’exception, pour l’aider à réaliser son rêve, qui est en même temps celui de chacun de nous. Un appel est ainsi lancé à tous pour venir en aide à Walid et à sa troupe pour aller porter à l’international la voix de l’Algérie et de sa culture. Que les âmes généreuses, les entreprises, les commerçants et toutes sortes de mécènes fassent un geste envers ce projet qui relève de l’honneur et de la dignité de chacun. En attendant que peut-être le ministère de la Culture et celui des Affaires étrangères, de la wilaya de Béjaïa et du comité des fêtes de la ville de Béjaïa daignent se réveiller et aider Walid et sa troupe à aller de l’avant et à honorer l’Algérie à Avignon. Le programme des représentations est comme suit : du 1er au 4 Février au théâtre régional de Béjaïa, le 5 au centre culturel d’Amizour, et le 6 à Alger.
N. Si Yani.

