Pour encourager l’esprit créatif et la production littéraire, la wilaya de Bouira a débloqué sur son budget 150 millions de centimes, une cagnotte que se sont partagés une trentaine d’écrivains et poètes débutants dans la carrière littéraire. C’était peu, mais c’était assez pour stimuler l’émulation et l’ambition chez les jeunes et les moins jeunes tentés par l’aventure de l’écriture. Tout le monde semblait content, quoi que la somme de 5 millions que chacun a reçue paraisse dérisoire pour ce qu’exigent aujourd’hui les maisons d’édition, où l’on nous apprend que l’augmentation de prix ne les a pas épargnées. Mais voilà qu’au moment d’encaisser le chèque, les choses prennent une autre tournure pour certains. Le compte ouvert par la direction de la culture à la BDL posait le problème de la signature du comptable. Certains chèques étaient rejetés au niveau de la caisse au motif que la signature du comptable présentait un défaut de conformité avec le modèle conservé au niveau de ce guichet, bien que les chèques comportent la contre signature du directeur de la culture jugée, elle, rigoureusement exacte. Le comptable a dû récupérer les chèques refusés, les détruire et en libeller d’autres. Mieux : il s’est déplacé à la banque pour s’expliquer au niveau de la caisse. Rien n’y est fait. Sa signature continuait à être passée à la loupe et à faire froncer le sourcil au niveau de ce service. Le comptable perdait complètement ses moyens. Il s’est mis à s’appliquer de son mieux. Le chèque qu’il a remis ensuite a failli lui aussi être rejeté ! Il n’a pu être encaissé qu’après une forte protestation du client. Existe-t-il un seuil au-delà duquel une signature apposée sur un chèque ou un document peut être jugée inexacte ? Un seuil qui tient compte de l’émotion, de la maladresse native et, surtout, de cette évidence selon laquelle «la deuxième fois que je vois un objet, c’est différent parce que le contexte a changé et que c’est la deuxième fois», et qui est une des définitions de l’état du moi ?A la BDL, ces jours-là avec les chèques signés par le comptable et contresignés par le directeur de la culture, il semble qu’on jouait un peu au jeu des sept erreurs.
Aziz Bey
