Le centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET) vient de publier le sixième numéro de sa revue «Timsal n tmazight», sous le titre de «polygraphie et enseignement de tamazight». Cette nouvelle édition de 224 pages dirigée par Pr A. Dourrari et Dr H. Hessas, entreprend, comme c’est souligné dans le document qui nous est parvenu, «de lancer un débat sur la lancinante question de la normalisation graphique de tamazight, aujourd’hui langue officielle». L’initiative est fort louable d’autant que, enfin, un espace de «débat» est ouvert aux universitaires et autres chercheurs qui ont fait leur preuve sur le terrain, en dehors des laboratoires feutrés et, encore plus, en dehors des plateaux de télévision racoleurs. Ainsi, pour le sixième numéro de sa revue, Cnplet qui semble coller à l’actualité «lancinante», permet aux spécialistes en sciences du langage, à savoir, Achab Ramdane, Rachid Adjaout, Hakim Hessas, Saliha Sabri, Malika Sabri, Moussa Imarazen, Lydia Guerchouh, Koussaila Alik et Brahim Hamek, de soumettre à l’appréciation des lecteurs de «Timsal n tmazight», leur analyses scientifiques. Dans le texte présentatif dudit numéro, Dr. Hessas souligne que «l’objectif visé par ce numéro est d’interroger le système graphique en usage…». Et c’est à juste titre que dans la présentation de Dr. Hessas «le système graphique» en usage, n’est pas au pluriel. Car en termes d’aménagement, de constance, de production et d’unanimité concernant du moins la variante kabyle, seule la graphie latine est en usage. Bien évidemment des intrus mus par des considérations extralinguistiques, brandissent un vieux poème religieux de Si Mohand Oumhand et une fresque du Tassili pour convaincre de l’usage indiscutable de la sacro-sainte graphie arabe et de l’ancestrale graphie tifinagh. Mais c’est tout. Ça reste un discours populiste qui n’a jamais aménagé les graphies arabe et tifinagh. Quoiqu’il en soit, Cnplet, dans sa démarche scientifique d’observatrice et d’analyste d’une réalité sociolinguistique, finira sans doute par déduire que «la question de la normalisation graphique de tamazight n’est lancinante que dans le discours idéologique». Pr. Dourari avait, lors de son passage à la radio, expliqué que, le devenir de la langue est l’affaire de ses locuteurs. Justement, les locuteurs de tamazight, la variante kabyle du moins, ont dépassé d’un siècle ces questions calligraphiques : ils en sont à la production littéraire.
T. Ould Amar
