Tizi-Gheniff La moudjahida de la première heure est décédée à l’âge de 92 ans – Nna Tassadit Thahadath tire sa révérence

Après une courte maladie, la moudjahida Nna Tassadit Thahadath a quitté ce bas monde à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Elle a été enterrée au cimetière communal de Tizi-Gheniff, après la prière de vendredi dernier, accompagnée par une foule nombreuse de citoyens qui lui vouaient beaucoup d’affection et de respect pour son courage dans le combat et sa participation à la guerre de libération. Née le 03 décembre 1924, la moudjahida Abaziz Tassadit épouse Lamine, était appelée affectueusement Nna Thahadath, du fait que sa famille s’était spécialisée dans la forge et la ferronnerie et était issue du village Ihadadhène, relevant du douar Rouafaa, actuellement Timezrit (Boumerdès). Ayant eu la chance de la rencontrer et d’avoir un entretien avec elle pour la Dépêche de Kabylie, je sus que la défunte n’aimait pas trop parler d’elle mais plutôt témoigner du combat de toutes les personnes mortes ou vivantes qui avaient participé à la lutte contre l’armée coloniale. «Pour le restant de mes jours, je tiens à perpétuer la mémoire de mes compagnons qui se sont sacrifiés durant la guerre de libération et avec eux toutes les personnes qui leur avaient apporté leur aide, hommes et femmes. Sans ces derniers, ils ne pouvaient en effet rien faire», nous confiait-elle, en insistant pour dire qu’elle n’avait fait que son devoir en assurant toutes les missions qui lui avaient été confiées au péril de sa vie comme toutes les autres femmes à travers la région de Tizi-Gheniff et à travers tout le pays. «Comme toutes les femmes impliquées et acceptées à l’intérieur de l’armée de libération, je devais assurer la liaison, la logistique, les collectes d’argent et autres fournitures que je devais ensuite distribuer aux orphelins et aux femmes des chouhadas selon la liste établies par les chefs du maquis à l’exemple de Si Ahmed Ouyahia, Mohamed Ali Aissa et bien d’autres dont j’ignorais les noms», nous avait-elle encore confié. Nous racontant ses missions de collectes de fonds et de denrées alimentaires, auprès des commerçants de la localité notamment, Nna Tassadit Thahadath, dont les souvenirs sont restés jusqu’au bout très nets, n’hésitait pas à citer les noms de ceux qui, sans faille et en tous temps, l’accueillaient avec beaucoup d’empressement : «A Tizi-Gheniff, il y avait ‘’Merkass’’, de son vrai nom Gormit Belkacem, mais aussi celui qu’on appelait ‘’Palis’’, de son vrai nom Essaid Essaid ou encore Belkacem Saïd ainsi que Mohamed Dermouche qui lui nous avait remis un jour plusieurs robes à distribuer aux veuves de chouhada. Il y avait également Limane Mohamed, surnommé ‘’Partchoukh’’, ainsi que Foughali Ali. Je ne me souviens pas bien du nom de celui qui me fournissait en argent mais également en vêtements et en denrées alimentaires, il s’occupait également des prisonniers qui étaient au deuxième bureau devenu la ferme ‘’Aissat Idir’’. Il s’occupait également de leurs familles quand elles venaient leur rendre visite», racontait encore Nna Tassadit, puisant dans ses souvenirs. A notre question de savoir si elle n’avait pas été arrêtée durant toute cette longue période d’autant plus que tout était sous le contrôle de l’armée française qui avait occupé toutes les crêtes, surveillant chaque parcelle, le visage de notre interlocutrice s’était brusquement assombri : «Effectivement, j’ai été arrêtée et incarcérée à Draâ El-Mizan, durant deux mois pendant lesquels je fus brutalisée et monstrueusement maltraitée», nous a-t-elle raconté. Elle nous avait montré sa carte d’ancienne détenue en précisant qu’elle avait été internée les mois d’octobre et novembre 1959. Elle nous avait montré également les séquelles des tortures qu’elle avait subies, ses bourreaux lui ayant carrément arraché le lobe de son oreille en tirant sur sa boucle d’oreille. Nna Tassadit ne ratait pas non plus une occasion pour parler des martyrs tombés au champ d’honneur, ainsi que des blessés atteints par balles et vers lesquels elle avait accouru pour les secourir, à l’exemple de Ramdane N’Amar, tué non loin d’un poste militaire à Tizi-Gheniff et bien d’autres encore dont elle ignorait les noms. Ainsi, après la disparition de l’ancienne moudjahida Nana Yamina Ouchavane, également militante du FFS, au début du mois de janvier dernier, c’est un autre pan de l’Histoire de la révolution qui disparaît et un autre témoin que la localité de Tizi-Gheniff perd, en la personne de Nna Tassadit. Rappelons que ce témoignage de Nna Thahadath, que nous avions publié dans une des éditions de notre journal, avait été enregistré au niveau du musée Ali Mellah de Tizi-Gheniff et qu’un CD le contenant est disponible.

Essaid Mouas