Le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi qui assistait avant-hier, à Bouira, au 2ème colloque national sur le film révolutionnaire, s’est longuement attardé sur la guerre de libération, dans son intervention, en soulignant le grand sacrifice consenti par ses héros pour que chacun d’entre nous puisse pleinement jouir de ses droits.
«Si nous sommes libres et heureux de l’être, a-t-il dit en substance, c’est grâce à de tels hommes et à de tels sacrifices». Certains de ces héros ont laissé un message qu’il convient de décrypter et de comprendre, selon le responsable de ce secteur. Ce message est lourd de sens, car il est tout de bravoure et de sacrifice, mais aussi de sagesse. Ainsi, celui demeuré mémorable de Larbi Ben M’hidi : «Portez la révolution dans la rue et le peuple la portera». Puis celui de Hamana Lakhdar s’adressant à ses compagnons d’armes lors d’une grande bataille : «Ne vous inquiétez pas si nous mourrons. Nous irons comme nous sommes au ciel (allusion aux souliers et à la tenue militaires)». Et puis cet autre encore lancé par le non moins valeureux Bouamama, un des artisans du soulèvement populaire, objet d’un colloque tenu il y a deux jours à El Biadh et auquel Azedine Mihoubi assistait : «Si vous passez près de ma tombe et que vous entendrez siffler les balles, sachez que je combats encore la France», aurait déclaré un jour cet autre grand combattant. Le conférencier prouvait ainsi qu’il savait puiser dans notre patrimoine culturel pour illustrer ses propos et rendre hommage aux chouhada. «Des journées comme celle-là ce sont autant d’occasion pour leur exprimer notre admiration et notre reconnaissance éternelle», a-t-il estimé. En venant au fait du jour qui est le colloque national sur le film révolutionnaire dont c’est la deuxième édition, le ministre a plaidé pour un cinéma engagé fort et objectif dans son ambition devant une salle archicomble, en l’occurrence la salle de la Maison de la culture Ali Zaamoum. Pour raviver la mémoire, l’enrichir et la préserver de l’oubli, l’orateur en a fait un instrument de reconstitution et de conservation de quintessence. Pour lui, tous les chouhada, c’est-à-dire le un million et demi d’hommes tombés dans le champ d’honneur, sont dignes de revivre dans notre conscience nationale, de figurer au premier plan de notre mémoire collective. C’est le meilleur hommage qui puisse leur être rendu. Le responsable des arts et des lettres a, à cet égard, distingué quatre types de films : le film de guerre (relatant les faits historiques depuis Tin Hinen, Massinissa, Takfarinas jusqu’aux grandes figures de la Révolution), le film documentaire, le film biographique et le film novembriste qui ne s’intéresse exclusivement qu’à la Révolution de 54. En conséquence, il a souligné le rôle prépondérant du septième art dans la guerre en général. Depuis la découverte de la photo par les frères Lumière, a-t-il fait observer, «l’image n’a cessé de fasciner et de frapper les esprits», car, ajoutait-il, «le cinéma parle à la fois au cœur autant qu’à la raison». Deux exemples sont pris à ce sujet : le cinéma qui a fait son entrée dans notre guerre de libération dès 57 et qui avait considérablement aidé à la victoire finale de la Révolution, un rôle déterminant joué par le cinéma américain, les guerres menées par les américains. Ces guerres, comme celle du Vietnam ou dans d’autres régions du monde, ont été toutes des échecs militaires, selon le ministre de la Culture. Des échecs retentissants et que la caméra a transformé en victoire grâce à l’effet psychologique de l’image. Faisant le lien entre le passé où l’Algérie luttait pour son indépendance et aujourd’hui où elle poursuit le même combat pour le triomphe des causes justes et où chaque fois notre pays donnait des leçons de courage et de fraternité au monde entier, il a rappelé le fait récent où l’équipe nationale rencontrait l’équipe de Palestine dans un match amical qui a rassemblé cent mille spectateurs au stade du 5 juillet. «Les algériens n’ont rien perdu de ce message délivré par les grands artisans de notre Révolution», a-t-il enchainé. Invitant donc les artistes désireux de faire œuvre historique à travers des œuvres intelligentes, ayant pour objet la thématique révolutionnaire, il a indiqué que les portes de son ministère restent grandes ouvertes pour accueillir toutes les initiatives et projets pouvant contribuer à l’écriture de notre Histoire. Car, a-t-il précisé encore, «de grandes figures de la Révolution, comme l’Emir Abdelkader, n’ont pas encore en l’honneur de figurer dans le cinéma». Mais comment, en passant de l’échelle nationale à l’échelle de notre wilaya et abordant les grandes figures de notre Révolution, ne pas évoquer celle tout aussi emblématique d’un Ali Zaamoun, dont la Maison de la culture qui porte son nom et qui rassemble, en cette journée doublement mémorable (journée du chahid et colloque national du film révolutionnaire), un millier de personnes, dont les autorités civiles et militaires et un grand nombre d’artistes, notamment des réalisateurs et des metteurs en scène de grands talents ? «Je l’ai connu à travers ses écrits et son livre», confessait l’auteur de tant de livres et de pièces de théâtre, dont la formidable opérette Le Chahid a dit. «J’ai participé à la réalisation du film Zabana. J’ai découvert des documents sur lui et sur ses compagnons (d’infortune de la prison) de Serkadji», a-t-il noté. Alors la wilaya de Bouira demeure, pour son hôte d’un jour, non seulement un carrefour de la culture, mais aussi un haut lieu de la Révolution, dont des noms prestigieux jalonnent la trajectoire. Ainsi, pour conclure, le cinéma, selon Azzedine Mihoubi, se définit comme une machine à remonter le temps, caméra au poing, à revisiter les hauts lieux de mémoire que furent les nombreux champs de bataille, et à en fixer définitivement les images que le temps a rendues confuses et tremblantes. Comme pour illustrer les propos du ministre qui a fini son intervention en rendant hommage aux artistes pour leurs œuvres remarquables, quelques extraits de films révolutionnaires, comme ceux de Hamina, de Rachedi, de Hadda, de Askri, entre autres La bataille d’Alger, La nuit a peur du soleil ont été projetés devant une audience enthousiaste.
Aziz Bey

