“Donner à Tamazight la place qu’il faut”

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Une conférence de presse a été donnée, avant-hier, au siège de la wilaya, par le wali de Béjaïa, le recteur de l’université et le secrétaire général du HCA, à propos de l’organisation, la semaine prochaine, d’un colloque international sur « La confection des dictionnaires monolingues amazighs ».

Ce colloque se tiendra à l’université de Béjaïa, entre le 12 et le 14 de ce mois de mars, en présence des autorités nationales. Il y a de fortes chances (à 90%, selon le wali), qu’il soit ouvert par le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, et clôturé par celui de la Culture. L’amazighité prend de plus en plus d’importance aux yeux du gouvernement, et ce colloque viendra renforcer les outils de généralisation et de normalisation de cette langue. Selon le wali, tout le gouvernement est impliqué dans cette affaire. Tout comme l’APN, l’université et la wilaya. «C’est un événement historique qui coïncide avec la constitutionnalisation de la langue amazighe», a déclaré M. Ould Salah Zitouni. «Il s’agit d’exprimer ce qu’on veut faire de cette langue dans tous les domaines», a-t-il ajouté. «Ce séminaire est une pierre avant une autre pierre qui seront posées pour éviter les dérives. Nous ne voulons pas laisser l’opportunité à ceux qui veulent en faire un fonds de commerce, en mettant en place les outils nécessaires comme les dictionnaires qui peuvent nous éviter de tomber dans des dérives», expliquera-t-il. D’ailleurs, a ajouté le wali, «l’université de Béjaïa est en train de préparer un laboratoire de recherche en langue et culture amazighes, qui ouvrira incessamment. Il s’agit de donner à cette langue la place qu’il faut». Prenant la parole à son tour, M. El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité a donné les contours du colloque prévu pour la semaine prochaine. Sa thématique concerne les méthodes de confection de dictionnaires en tamazight. Il faudra impérativement élaborer des outils de normalisation de la langue amazighe, afin de lui donner les moyens d’expression sur une base consensuelle permettant de puiser dans les trésors de la langue et de bénéficier de toute sa richesse. «Depuis 2014, le HCA a densifié ses activités à Béjaïa en lançant plusieurs actions, dont un colloque sur la lexicographie, ainsi que des formations». Continuant sur sa lancée, M. El Hachemi Assad a déclaré : «Nous voulons faire de Béjaïa la vitrine du rayonnement de tamazight». Voilà une déclaration qui devrait rendre fière toute la population de la région. C’est assurément un grand honneur qui vient de lui être rendu. «C’est à partir d’ici que devra se faire la prolongation et l’utilisation de tamazight dans les structures officielles de l’État», a-t-il ajouté. Il y aura, donc, une véritable densification des activités pour prendre en charge les besoins engendrés par cette ambition. Après vingt années d’existence, le HCA a acquis une expérience avérée dans le domaine de la valorisation de la langue et de la culture amazighes. Des partenariats ont, donc, été engagés avec les universités, pour prendre en charge les aspects d’études et de formation. La nouvelle vision du HCA consiste, entre autres, à élargir ce partenariat en signant des conventions avec plusieurs secteurs, comme le ministère de l’Éducation nationale, ceux de la Culture et de la Communication, ainsi que le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales. Plusieurs autres partenariats ont été signés avec d’autres structures, comme les éditeurs publics, ANEP, ENAG et OPU, ainsi que des privés.

«Faire de Béjaïa la vitrine du rayonnement de tamazight»

Dans ce processus, le HCA travaille régulièrement avec 914 associations au niveau national. Concernant le colloque de la semaine prochaine, M. El Hachemi Assad a donné un certain nombre de détails. Il y aura trente-six communicants qui vont présenter leurs travaux durant trois jours, et cela sera fera en présence de nombreux institutionnels. «Le travail fait par l’université de Béjaïa est un exemple à suivre par les autres», a affirmé le secrétaire général du HCA. L’intervention d’El Hachemi Assad s’est ensuite poursuivie sur l’état des lieux de l’enseignement de tamazight, de ses moyens et ambitions. Il a tenu, d’ailleurs, à saluer les efforts de la ministre de l’Éducation nationale qui a annoncé que «dès la rentrée prochaine, tamazight sera enseignée dans trente-deux wilayas». À Béjaïa, il faudra encore faire des efforts pour l’introduire dans la totalité des écoles. Ce qui n’est pas encore le cas à l’heure actuelle. Il y a un certain déficit en nombre d’enseignants et aussi en nombre de postes budgétaires. Plusieurs enseignants sont encore des vacataires et il faudra faire en sorte qu’ils soient régularisés. Après l’intervention du secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité ce fut autour du recteur de l’université de Béjaïa de prendre la parole, pour donner des détails concernant la structure de recherche annoncée. Ainsi, M. Boualem Saidani a annoncé qu’un laboratoire de recherche sur la langue et la culture amazighes est en train d’être préparé au sein même de l’université. Son ouverture est prévue pour la fin de l’année universitaire, vers juin ou juillet prochains. Ce sera donc un centre de dimension nationale et il sera doté de tous les moyens nécessaires, et sera autonome dans sa gestion. Il reste à finaliser la réflexion sur son fonctionnement, sa structuration, ses axes de recherches, ses équipes et son organigramme. Quant au département de langue et culture amazighes, il sera érigé en institut avec plusieurs départements à l’intérieur. Le recteur a aussi donné quelques détails sur le projet de création de deux universités distinctes, Béjaïa 1 et Béjaïa 2, mais ce sera officialisé en temps opportun. Concernant l’affectation des deux nouveaux pôles universitaires d’Amizour et d’El Kseur, le recteur a annoncé que dans deux semaines, l’université compte engager des discussions avec ses différentes structures, pour discuter dans la sérénité de leur devenir. C’est donc un travail immense qui attend le HCA et ses partenaires, pour faire avancer la question de la généralisation de la langue amazighe. Il sera de longue haleine et M. El Hachemi Assad appelle toutes les compétences, «sans exclusion», à rejoindre ces efforts pour les faire aboutir. Pour couper court à la question du choix du type de caractères à utiliser, le secrétaire général a appelé à ne pas se laisser dévier de ses objectifs par des questions d’importance non-prioritaires. Pour lui, aujourd’hui, il faudrait s’atteler à des questions plus urgentes. Pour le moment, c’est la polygraphie qui est recommandée, à l’exemple de l’APS qui utilise les trois caractères -arabe, latin et tifinagh- dans son fil en tamazight. Mais le HCA et le gouvernement travaillent actuellement à l’élaboration d’une loi organique pour encadrer cette question et lui donner un cadre légal lui permettant d’avancer dans la sérénité. Malgré les manquements et les insuffisances qu’il ne faudra pas éluder, il faut reconnaître que les choses avancent et que les perspectives sont prometteuses.

N. Si Yani

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