Depuis ces dix dernières années, les femmes ont investi en force le monde du travail en mettant les bouchées doubles au point de partager à part égale, avec l’homme, le domaine du travail. Bien mieux, dans certains les domaines, notamment la santé l’enseignement,… elles accusent une suprématie absolue en nombre par rapport aux hommes. Cette suprématie est, d’ailleurs, constatée même sur le volet prestation qui se caractérise par plus de volonté et de disponibilité malgré le fait que l’écrasante majorité de ces jeunes femmes sont sous-payées avec cette maigre aumône du filet social et de l’emploi de jeunes. C’est à croire que c’est d’un commun accord qu’elles se sont lancées à l’assaut de l’emploi et raflent tout ce qu’on leur propose. On les retrouve dans les magasins d’alimentation générale, les quincailleries, les bonneteries, les taxiphones et les cybercafés, les pâtisseries,… Elles ont même bénéficié de prêts bancaires dans le cadre de l’ANSEJ et ANGEM pour ouvrir des ateliers de couture, des salons de coiffure, etc. Ces femmes donnent la nette impression d’avoir senti la nécessité de faire un forcing et de s’imposer sur la place publique et surtout se faire accepter en cassant de nombreux tabous qui les ont reléguées depuis la nuit des temps à l’arrière-plan. Celles qui sont à leur premier emploi, ignorent tout de la réglementation et des lois qui régissent le domaine du travail, et font l’objet d’une exploitation honteuse de la part d’employeurs privés et même de certaines administrations qui les soumettent à la même réglementation que les fonctionnaires permanents énumérés à plein temps. Un état de fait loin de décourager ces jeunes femmes qui acceptent dans un premier temps cette forme d’esclavagisme, le temps d’acquérir de l’expérience, de s’imposer définitivement dans le domaine du travail et de se faire admettre sur la place publique en bravant les réprobations d’une société semi-conservatrice dans ces contrées du pays profond. D’ailleurs, elle vont jusqu’à même disputer quelques métiers traditionnellement réservés aux hommes, telles ces deux jeunes filles qui tiennent un atelier de réparation d’ordinateurs, et ce groupe de filles qui font de la vente promotionnelle en faisant du porte-à-porte et en proposant des gammes de détergents ou des produits cosmétiques. On les croise aussi dans le secteur de l’agriculture où elles exercent en qualité de vétérinaires qui s’occupent de la santé animale ou en simples agents techniques faisant partie des commissions d’enquêtes qui sillonnent le terrain. Des femmes que ne font reculer ni l’insécurité ni les difficultés des terrains accidentés et encore moins les affres d’un climat exceptionnellement rude. Cette déferlante féminine vers le secteur d’activité a été en partie le fruit de la lutte sans merci qu’ont mené des ONG et des associations contre le harcèlement en faisant introduire en parallèle des lois beaucoup plus protectrices et rassurantes et surtout des lois dissuasives à l’encontre des récidivistes. À l’heure actuelle, ces courageuses femmes ont besoin d’une autre forme de protection, celle de les prémunir de l’exploitation sans vergogne, tel que leur emploi au noir et la sous rémunération : des salaires qui ne dépassent pas pour la plupart d’entre elles les 6. 000 DA. L’augmentation du nombre de femmes travailleuses s’explique aussi par la chute vertigineuse du pouvoir d’achat des ménages dont seul le mari travaille et dont la majorité n’arrive pas à arrondir les fins de mois ni à joindre les deux bouts.
Oulaid Soualah
