Lundi dernier, en fin d’après-midi, le wali de Béjaïa a convoqué la presse pour une conférence en présence du directeur des travaux publics, concernant les travaux de réalisation d’un merlon pour prévenir d’éventuelles nouvelles chutes de pierres sur la RN9.
Lors de cette rencontre, le wali de Béjaïa, M. Ould Salah Zitouni, a tenu à préciser que les travaux qui viennent d’être réalisés constituent une première sur le territoire national. «C’est une opération unique qui a demandé la mise en place de conditions spéciales et la mobilisation de moyens exceptionnels, tels l’utilisation d’un hélicoptère», déclarera-t-il. L’opération a été menée conjointement par les services de la DTP et le groupement CAN-ENROS. La première est la filiale algérienne de CAN France, et la deuxième étant une entreprise publique algérienne spécialisée dans les travaux de réalisation d’ouvrages souterrains et délicats. L’opération a nécessité la mobilisation de moyens humains constitués d’ingénieurs et de techniciens algériens, en collaboration avec des experts français. La main d’œuvre a été recrutée et formée sur place, essentiellement parmi les jeunes d’Aokas. Les opérations, malgré le risque et la difficulté qu’elles représentaient, se sont déroulées dans de bonnes conditions, sans aucun incident. Les jeunes sont devenus en quelques sortes des «alpinistes» malgré eux. Ils ont prouvé leur courage et leur bravoure, et le wali a tenu à leur rendre hommage. Selon le DTP, ils ont tellement impressionné par leur efficacité que la société CAN leur a demandé de préparer leurs passeports pour les emmener travailler sur d’autres chantiers, notamment en Tunisie. Preuve s’il en est, de la qualité de la main d’œuvre de nos jeunes, pour peu qu’on leur fasse confiance. Pour le moment, ils devront d’abord finir le travail engagé à Aokas. Ce chantier qui en est à sa phase finale devrait être livré vers la fin mai, selon le wali de Béjaïa. Les travaux qui ont été réalisés pour stabiliser le sol ont constitué en la pose de filets métalliques sur quatre niveaux, pour servir d’écrans pare-pierres. Les opérations ont été délicates, puisqu’il était impossible de travailler sur le flanc de cette montagne haute de quelques deux cents mètres, à la fois à cause de sa hauteur, de la difficulté de son accès et de la nécessité de l’utilisation d’un hélicoptère opérant en vol stationnaire. Ce qui demande un niveau de maîtrise rare. Aucune grue ne pouvait le faire. C’est pourquoi la DTP a fait appel à cette entreprise lyonnaise qui a également l’habitude de travailler sur les lignes à haute tension en France, à des hauteurs vertigineuses. Les autorités algériennes, une fois mises au courant de l’accident qui a eu lieu en février de l’année dernière, ont tout de suite dépêché des spécialistes du ministère des Travaux publics. En dix jours, nous dira le DTP, «les opérations ont été engagées et le ministère a suivi les opérations de bout en bout». Pour faire profiter de cette expérience à un maximum de personnes, le wali a fait appel au ministère des Travaux publics afin de dépêcher ses techniciens et aussi l’ensemble des DTP au niveau national. Une telle opération étant assez rare, il fallait profiter de cette occasion pour engranger toute l’expérience possible. L’École nationale des travaux publics et l’université de Béjaïa ont également été invitées à encourager leurs étudiants à assister à l’opération. D’ailleurs, précisera le wali, «dès le début des opérations, l’université de Béjaïa a été associée à l’ensemble du processus. Plusieurs enseignants sont intervenus dans les différentes études qui ont été menées sur le site. Après la fin des opérations, cette université a immédiatement organisé une conférence retransmise en direct sur sa web-TV. Le bureau d’études mené par Kamel Hammadi, l’IMSRM, a été dès le début chargé du suivi des opérations et le travail a été mené à bien, selon Rachid Ourabah, directeur des Travaux Publics. Dorénavant, la route sera sécurisée sur ce plan, sans toutefois, a rappelé le DTP, ignorer que le risque zéro n’existe pas. Ses services ont calculé le niveau de risque, en comptant le nombre de rochers susceptibles de se détacher en utilisant des techniques avancées. Toute la montagne a, donc, été depuis couverte et sécurisée, réduisant le risque à un niveau infime.
Le cas de Tizi N’Berber
Ces derniers jours, un autre incident a eu lieu, mais cette fois à Tizi N’Berber, à quelques encablures d’Aokas. Le même phénomène de chute de pierres a eu lieu suite aux dernières intempéries. Un énorme rocher s’est détaché de la montagne et est allé s’écraser sur des maisons, dont une fut entièrement broyée. D’autres menacent également de se détacher de la même sorte et la DTP a profité de la présence des experts sur le chantier d’Aokas pour aller expertiser la zone. Des études ont été engagées dans toute la région de Béjaïa où ce genre de situation existe et menace la sécurité des habitants. Pour le cas de Tizi N’Berber, le DTP a rapporté qu’une décision d’urgence avait été prise consistant à détruire la grosse roche qui s’était détachée, pour éviter qu’elle ne fasse des dégâts supplémentaires. Même en utilisant des brise-roches, l’opération n’a pas réussi. Ledit rocher était tellement solide qu’il a fini même par griller le moteur de la machine utilisée. D’autres moyens ont été engagés et des études sont en cours d’élaboration pour sécuriser toute la région.
Travaux supplémentaires
Pour revenir au chantier d’Aokas, le wali a annoncé que l’ancienne RN9 qui se trouve au-dessus de l’actuelle route nationale, va être réhabilitée pour les véhicules légers. Il est également envisagé de construire une passerelle à partir de cet endroit, permettant aux piétons de rejoindre la plage située en contrebas. L’effritement des sols est un phénomène naturel qu’il faudra prendre en charge. Mais il est accentué par la main de l’homme. «Notre littoral est le plus beau du monde et il a été bidonvillisé par les constructions illicites», déclarera le wali de Béjaïa. «En construisant de la sorte, les sols sont déstabilisés et les routes en subissent les conséquences, mettant ainsi la population en danger», ajoutera-t-il. C’est le cas pour les deux côtes Est et Ouest. La solution, selon M. Ould Salah Zitouni, est tout simplement dans l’application de la loi et de la réglementation. «Toute construction illicite sera démolie, conformément à la réglementation», nous dira-t-il. «Ce phénomène porte une grave atteinte au pays, sur plusieurs plans, et il faudra bien que ceux qui créent cette anarchie paient d’une façon ou d’une autre. Je prendrai les arrêtés de démolition pour mettre fin à cette situation». On sentait la fierté du wali lors de cette conférence de presse. Il n’a pas cessé de rappeler le caractère exceptionnel et les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette opération. «Elle a coûté trois cents millions de dinars», nous dira Rachid Ourabah, directeur des travaux publics. Ce dernier aussi semblait être soulagé par la réussite de l’opération qui devait avoir pesé lourd sur ses épaules. À la fin de la conférence, un tour d’horizon de la situation du développement de la wilaya a été fait par le wali, en réponse aux questions des journalistes.
N. Si Yani

