Ce serait un événement sans précèdent en Algérie s’il se produisait. Le groupe alimentaire privé le plus en vue dans notre pays, Cevital pourrait faire son entrée à la Bourse financière de Londres. C’est une banque internationale qui en a fait la proposition au groupe privé de Béjaia. L’annonce en a été faite par le premier responsable de Cevital, Issad Rebrab, hier lors d’une conférence de presse au Forum d’El Moudjahid. « Nous avons répondu à cette banque par le positif, mais à condition d’obtenir l’aval des autorités monétaires nationales », a souligné l’homme d’affaires. Et d’ajouter que si cela arrive, Cevital pourrait aussi intégrer la Bourse d’Alger.Cette accession à une des places financières les plus importantes du monde est la consécration de tous les efforts d’une entreprise privée, qui, à coup de persévérance et de travail de son manager, a réussi à grimper les échelons un à un pour devenir l’un des fleurons les plus importants de l’industrie algérienne. A propos de la Bourse d’Alger, qui ne connaît aujourd’hui que très peu d’activité avec trois sociétés seulement, le P-DG de Cevital soutiendra qu’en l’état actuel des choses, la Bourse n’est pas très attrayante pour les investisseurs. Mais aussi que les trois sociétés émettrices d’actions gagneraient à ouvrir plus leur capital, à hauteur de 75 % au lieu de 20 %. Cette réalité tant flatteuse ne doit pas occulter les problèmes auxquels fait face le groupe de Rebrab dans sa logique d’expansion vers d’autres activités. « Nous rencontrons beaucoup de blocages sur nos projets », regrette Rebrab. Les projets concernés sont ceux de la construction d’une unité de trituration de graines oléagineuses destinées à l’industrie de l’huile, et ceux dans le secteur de l’agriculture. « J’ai écrit au ministre de l’Agriculture en personne pour lui demander l’autorisation de mise en valeur de terrains dans le Sud pour accueillir le projet de culture d’agrumes ainsi que la concession de fermes laitières », indiquera le patron du groupe Cevital. Ce dernier fera part de la volonté de son entreprise à investir amplement le secteur de l’agriculture : « Nous sommes prêt à investir 33% de nos revenus industriels dans des projets agricoles ». Issad Rebrab se dit très déçu qu’on accorde facilement des concessions sur le foncier aux étrangers et pas aux nationaux. Il dénonce vivement les problèmes bureaucratiques qui « découragent les plus forts et font abandonner des opérateurs ». Il citera en exemple un projet dont l’autorisation n’a pu être arrachée qu’au bout de 15 mois, alors que la réalisation elle-même n’a pris que 06 mois. « Je suis quelqu’un d’obstiné, qui va jusqu’au bout, surtout s’il s’agit d’un projet dans l’intérêt du pays », affirme l’orateur. A propos de l’accord d’association avec l’Union européenne, le manager du groupe Cevital estimera qu’ « il faudrait rectifier le tir et garantir plus d’équité », car selon lui, l’accord souffre d’un déséquilibre en faveur de l’Europe. « Vous n’avez pas intérêt à ce qu’il y ait plus de chômage chez nous, car cela n’arrangera pas les pays de l’Union », déclare-t-il à l’adresse de l’ambassadeur de l’Autriche en Algérie, présent lors de cette conférence. A titre d’information, c’est l’Autriche qui assure actuellement la présidence de l’Union européenne. Sollicité pour s’exprimer sur l’environnement bancaire algérien, l’invité d’El Moudjahid observera que les banques ne sont pas aussi libres qu’elles doivent l’être. « La plupart des scandales bancaires n’auraient pas eu lieu s’il n’y avait pas d’injonction au sein des banques », estimera Rebrab. Afin de promouvoir efficacement les investissements, le P-DG de Cevital propose de créer des fonds destinés à l’investissement, gérés par des experts nationaux ou étrangers avec des capacités d’étudier les projets les plus rentables. Cela, soutient-il, évitera les scandales mais aussi la perdition des projets, qui sont une minorité à voir le jour, soit de 3 à 5% seulement, avance-t-il. L’homme d’affaires plaide également pour la vente de 3 sur les 5 banques publiques, afin de les rendre plus efficaces. « Notre économie souffre d’un dysfonctionnement de son marché financier. D’un côté l’on trouve des surliquidités qui dorment dans les banques et d’un autre, toutes les entreprises qui ont des besoins urgents en financements », analyse le boss de Cevital. Côté chiffres, Cevital prévoit d’exporter en 2006 quelque 100 millions USD et 750 millions en 2007. Il compte investir 92 milliards DA en 2007. Le projet de l’unité de verre plat entrera en production cette année. De même que les unités de fabrication de matériaux de construction (préfabriqué). Le premier responsable du groupe privé soulignera que tous les projets ont été financés sur fonds propres de l’entreprise.
Elias Ben
