Pour commémorer l’assassinat de l’un des pionniers du journalisme algérien «Mohamed Abderrahmani», l’association «Awal Isawal» de Melbou a organisé dimanche passé une cérémonie qui a consisté après une minute de silence et quelques témoignages de ses cousins et amis, à la lecture de la Fatiha et du dépôt d’une gerbe de fleurs au pied de la stèle commémorative érigée à cet effet derrière la Maison de jeunes de Melbou.
Ils étaient à peine une dizaine à prendre part à cette cérémonie qui a eu lieu vers 9 h au centre de la localité de Melbou. Le président de l’association, M. Abdelaziz Khentous, cachait mal sa déception du fait de l’absence incompréhensible des autorités locales. Né le 12 juin 1938 au village Sahel, commune de Melbou dans la daïra de Souk El-Tenine (Bejaïa), et après les années du primaire, Mohamed Abderrahmani a entamé ses études au lycée Ibn Sina de Béjaïa avant de rejoindre le lycée «Albertini» de Sétif (El Kairawani actuellement).
Après des études en France, il débuta sa carrière de journaliste à «Alger ce Soir», avec le grade de journaliste en 1964, puis rejoint «Algérie Actualité» en qualité de grand reporter et devient rédacteur en chef de cet hebdo en 1972. En 1976, il est nommé rédacteur en chef du quotidien «El Moudjahid», puis directeur de la rédaction en 1986. Il est désigné en mai 1992 directeur du journal. Il fut injustement fauché par des balles assassines, le 27 mars 1995, alors qu’il se rendait à son travail à bord de sa Renault 19 de couleur verte. Profitant d’une stase de la circulation à Hussein-Dey, deux individus armés se sont approchés de son véhicule avant de vider leurs chargeurs sur lui. Il laissa derrière lui une veuve et sept enfants (trois garçons et quatre filles).
Son cousin, M. Abdellah Abderrahmani était très ému au moment de nous parler du défunt : «Nous étions comme des frères ! Il était fils unique, mais il n’a jamais ressentit cela». Il regrette ce silence radio de la part des autorités, des citoyens de Melbou et de ses confrères. «Mohamed, de son vivant, était resté proche de sa région. Il aidait les gens du mieux qu’il le pouvait», dira-t-il. Et d’ajouter : «Combien sont ceux qui avaient appris le travail grâce à lui ? Où sont-ils aujourd’hui ?» Il regrette que son cousin, bien que reconnu ailleurs, reste méconnu dans sa wilaya. Il arborait le fameux numéro 9250 du journal «El Moujahid» paru au lendemain de sa mort, témoignage d’une presse debout et unie malgré les coups de butoirs.
«Ce n’est pas à sa famille d’aller quémander aux autorités pour qu’elle honorent la mémoire de Mohamed ! C’était un patriote, il aimait son pays et son travail et il est tombé en martyr ! Il a été tué parce qu’il rêvait d’un pays avec un État fort, d’une Nation prospère mais qui garantit les droits de tous», nous dit-il. Il remercie en outre «El Moujahid» pour la stèle érigée à côté de la Maison de jeunes. «Le wali de Béjaïa, M. Ould Salah Zitouni, lors d’une visite à Melbou, avait demandé qu’une statue en bronze soit érigée à l’effigie de Mohamed Abderrahmani et placée à l’entrée de la ville de Melbou pour plus de visibilité mais pour l’instant rien ne s’est encore concrétisé», dira-t-il encore.
Un chapeau bas à l’association «Awal Isawal» qui s’est démenée avec des moyens limités contre l’oubli, pour honorer la mémoire de ce brillant journaliste et pour que la région demeure à jamais fière de son enfant.
Saïd M

