Tizi-Gheniff " Allah au pays des enfants perdus" est paru en 2012 – Karim Akouche présente son roman

Depuis plus d’une vingtaine de jours, l’écrivain romancier et dramaturge Karim Akouche, résident au Canada depuis 2008, sillonne plusieurs localités d’Algérie où il présente son roman  » Allah au pays des enfants perdus », paru en 2012 au Canada et réédité par les éditions Frantz Fanon de Tizi-Ouzou. Avant-hier, il a été invité par l’association scientifique « Assirem » de Tizi-Gheniff où une rencontre suivie d’une vente-dédicace a été organisée à la bibliothèque communale devant une assistance nombreuse composée essentiellement de jeunes étudiants. Après une minute de silence observée à la mémoire du colonel Ali Mellah, assassiné le 31 mars 1957, et à tous les martyrs de la Révolution, c’est son éditeur Amar Ingrachen qui prendra la parole. D’emblée, il dira que l’idée de rééditer cet ouvrage a pour but essentiel de faire connaître les écrivains algériens de la nouvelle génération que, souvent, ce sont les autres qui les font découvrir aux Algériens.  » Si les Feraoun, Mammeri, Kateb Yacine sont connus, ceux de la nouvelle génération ne sont pas aussi médiatisés ni approchés par le public. S’il est vrai que nos aînés ont à une époque donnée, pu décrire les sentiments d’alors, il est aussi vrai de connaître les auteurs nouveaux qui, eux aussi, traitent de l’époque actuelle. Nous ne devons pas alors les occulter. Concernant l’ouvrage d’aujourd’hui, je laisserai l’auteur lui-même vous le faire découvrir. Je ne veux aucunement vous orienter ni dans un sens ni dans un autre », suffira de déclarer l’éditeur. De son côté le conférencier commencera par se présenter sommairement.  » Eh bien, je connais bien votre région. Je suis natif de Kantidja dans le douar de Boumahni relevant de la commune de Aïn Zaouia. Je suis très content d’être ici parce que cela me remet dans mon adolescence quand j’étais interne au lycée Ali Mellah (Draâ El-Mizan) lorsque je venais avec des camarades jusqu’ici à pied », annoncera-t-il. Comme dira l’écrivain Gary Klang dans la présentation sur la couverture d’ « Allah au pays des enfants perdus »,  » Karim Akouche est ingénieur, mais ce sont Camus, Kateb Yacine, Steinbeck ou Rimbaud qui l’intéressent. Les chiffres et les lettres, il les aime bien, mais son regard est attiré par les étoiles, le rêve et la littérature. Non pas celle qui aligne les mots mais l’autre qui recherche la beauté et dénonce l’inacceptable… « . Etant homme de théâtre, Karim Akouche lira devant le public un passage des pages 125 et 126 où il fera découvrir les personnages de son roman  » Ahawawi », le chanteur, Zof, le berger et Zar, l’étudiant. Dans ce dialogue, lu magistralement, on retiendra cette réplique du chanteur qui sort sa carte d’identité et demande à Zar:  » aurais-tu une allumette? Et Zar lui tend une cigarette. Ahawawi brûle sa carte en grognant: – j’en veux à mes parents qui m’ont pondu dans ce pays… Quelle connerie! Identité nationale : deux mots aussi creux que la cervelle de nos dirigeants. Comme dans une pièce de Skakspeare, l’orateur mêle, même en lisant ce passage, la comédie à la tragédie, le rire au sérieux, le rêve au désespoir. Il dépeint les destins d’êtres attachants qui cherchent à quitter un pays absurde. Tout le monde se pose la question au sujet du titre.  » Allah est utilisé aussi bien pour faire une amabilité que pour berner partout. Les enfants perdus sont les hommes que nous prétendons être, ‘’les Imazighen’’. Pourtant, nous ne sommes que perdus, oubliant même nos repères et nos valeurs », répondra-t-il. Quant à la forme du livre, il dira que c’est un roman théâtre.  » Pourquoi un roman théâtre? Parce que chez nous, dans nos villages, chacun a sa place. C’est pour cerner les personnages. C’est en les faisant parler et en les mettant dans ce contexte que nous pourrons vraiment saisir la trame de l’histoire », expliquera-t-il. Et d’ajouter un détail : » pour ceux qui croient que mon style est proche de celui de Mouloud Feraoun, je dirais que non, mais, seulement, lorsque j’ai planté mon décor au village des Ath Waddou, peut-être. Et dans la description de tous nos villages, il y a une similitude ». Au sujet d’Ahwawi, se posera-t-il la question, est-ce c’est moi?  » Il peut être moi, vous, les autres. Ne cherchez pas les traits des personnages de mon roman pour me les coller. Chaque village à son Ahwawi, celui qui aime vivre, faire rire. C’est un roman écrit à l’anglo-saxon », révèlera-t-il. En ce qui concerne le fond, il dira que c’est une fresque réaliste où il y a un peu de théâtre, un peu de burlesque, c’est tragi-comique.  » D’ailleurs, je ne suis ni optimiste ni défaitiste. L’Algérie, c’est l’absurdistan », estimera-t-il en revenant sur certains faits exprimant cette absurdité dominée par la bureaucratie, où le Caporal, un autre personnage du roman, représente l’Etat et non le pouvoir. Vous savez, tout est lié mais il faudra réformer cet Etat. Il est archaïque », soulignera-t-il. Pour lui, ce roman est un roman libérateur qui rend à une jeunesse désemparée, oubliée par les politiques, les médias, le temps qui passe. Cette jeunesse est représentée par cet échantillon de personnages pour lesquels Karim Akouche a choisi de donner des sobriquets et non des prénoms comme le font d’autres écrivains.  » C’est un choix délibéré de ma part parce que nous les Kabyles, nous n’existons pas entièrement. Notre identité est meurtrie. On n’a pas d’existence administrative », expliquera-t-il. De nombreuses questions lui ont été ensuite posées. Seulement, le public ne s’est pas intéressé uniquement au roman, mais il a été accroché par rapport à la situation que traverse le pays. D’ailleurs, à ce sujet, l’écrivain a été clair en disant qu’il respecte les gens qui pratiquent leur religion (l’islam), mais, cependant, il est catégorique au sujet de l’utilisation de la religion à des fins politiques.  » Je suis pour la laïcité », clamera-t-il. Karim Akouche répondra à toutes les interrogations en recommandant aux lecteurs de lire le roman pour justement comprendre que le titre colle bien à son roman. Karim Akouche est poète et dramaturge. Il vit à Montréal depuis 2008. Il est l’auteur, entre autres, de  » Toute femme est une étoile qui pleure » et de « J’épouserai le Petit Prince. Il est aussi chroniqueur au Huffington Post Québec. Il a participé au documentaire Mon Algérie et la Vôtre, diffusé aux Grands Reportages et à Zone Doc de RDI.

Amar Ouramdane