Créée au début en association de daïra de bienfaisance, « Issaad »a eu son agrément le 26/10/2008 sous le n°43 avant d’accéder au statut d'association de wilaya le 12 janvier 2013.
Cette association qui est en fait inter-âarchs regroupe en son sein les représentants des 06 communes de la daïra de M’Chedallah issus des 36 villages à raison de 07 membres par commune, choisis parmi les notables et les sages. Le rôle ou plus précisément le programme que s’est tracé l’association Issaad, en plus de préserver les us et coutumes des âarchs et les traditions, est de s’impliquer et entamer une médiation dans tous les conflits sociaux portés à leur connaissance, et ce, grâce à leur expérience et leur sagesse. Ils sont rares les litiges entre citoyens qu’ils n’arrivent pas à régler à l’amiable ; ce qui contribue sensiblement à réduire le nombre des dossiers conflictuels qui atterrissent au niveau des tribunaux. L’association présidée par Monsieur Gasmi Idir depuis le décès il y a deux ans de son premier président et membre fondateur Monsieur Ahmanache Messaoud, est composée, en plus du bureau exécutif, de quatre commissions, à savoir les commissions sociale et culturelle, celle de discipline et enfin celle de réconciliation. Lors de notre passage, samedi dernier à leur siège sis au chef-lieu de daïra, le couloir qui sert de salle d’attente grouille de monde : des citoyens de tous âges et des deux sexes sont venus exposer leurs problèmes et solliciter l’intervention des sages composant cette association. Chacune des 04 commissions s’atèle à la prise en charge du conflit ou litige en fonction de sa nature, sachant que chacune d’elles est composée de membres ayant des connaissances et de l’expérience dans divers domaines. Ce qui démontre l’étendue de ses activités et l’ampleur de son programme et leur répercussion sur la paix sociale. Bien des drames et autres éclatements des cellules familiales ont été évités grâce à l’ingérence et la médiation des membres de cette association qui ne reculent devant aucun conflit. Ils ne baissent jamais les bras jusqu’au moment où les deux parties en conflit se réconcilient. À noter aussi que cette association ne s’est pas limitée uniquement à la wilaya de Bouira, il lui arrive aussi d’être sollicitée par d’autres daïras, notamment berbérophones, des régions limitrophes où l’a précédée sa réputation. Bien mieux, il leur est arrivé récemment d’intervenir à Vgayet, Constantine et Oran ; des cas de figure où les membres de l’association Issaad se font une pointe d’honneur de réussir en jetant toutes leurs forces et peser de tout leur poids pour arriver à une fin heureuse des conflits qu’elle a eu à traiter. Les membres du bureau qui nous ont reçus nous feront part de quelques contraintes qui entravent leurs activités, telles que le manque d’un siège spacieux pour recevoir les citoyens et tenir leurs archives. À ce propos, la minuscule pièce qu’ils occupent actuellement est louée chez un particulier et équipée de quelques sièges, 02 bureaux, 02 casiers. Un équipement acquis par les moyens propres de l’association. Quant au micro-ordinateur, il a été offert par le wali. Une contrainte que vient de solutionner le président de l’APC de M’Chedallah qui a mis à leur disposition un local assez spacieux au niveau de l’ancien souk el fellah en procédant, depuis le début de l’année, à des travaux de rénovation et d’aménagement en collaboration avec l’association.
Une ancienne tradition ressuscitée
Il convient de souligner que cette association de bienfaisance a ressuscité l’un des plus anciens modes de gouvernance et d’organisation communautaire traditionnelle ancestrale propre à la Kabylie. Un procédé qui permettait à nos aïeuls d’éviter les tribunaux des différents envahisseurs depuis la nuit des temps. Le seul fait reprochable est l’absence de femmes au sein de cette association alors que nos ancêtres faisaient appel à elles pour peser de tout leur poids social et leur pouvoir spirituel dénommé en kabyle « laânaya n’tmetuth », un pouvoir pleinement exercé par la sainte et légendaire Yemma Khelidja de son époque pas lointaine entre le XVIII et le XIX siècles (d’où l’expression tachakurt n’Yemma Khelidja). Les personnes âgées de l’ancienne génération racontent que dans chaque conflit insoluble, tel que le crime ou l’atteinte à l’honneur qui se règlent par faire couler du sang, on y fait assister des femmes pour appliquer leur « laânaya ». Aussi, dans les conflits armés entre deux villages ou deux tributs (âarch), les citoyens du troisième village ou âarch le plus proche accourent, accompagnés de leurs femmes, pour s’interposer entre les belligérants. Les affrontements cessent immédiatement après l’arrivée des femmes.
Oulaid Soualah

