Les aviculteurs en détresse

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Après avoir taquiné des sommets historiques, la mercuriale de la volaille a progressivement décroché pour regagner ses pénates au bas du thermomètre. Chez les marchands de volaille de la région d’Akbou, le kilo de ce gallinacé fluctue dans une fourchette allant de 210 à 240 DA. C’est incontestablement le moins cher de tous les produits carnés, y compris la sardine, dont la réputation de viande du pauvre est ainsi, passablement, écornée. Le consommateur n’en demande pas tant. Lui, dont la bourse est sérieusement mise à mal par la poussée inflationniste, trouve en ces prix cassés l’occasion rêvée d’améliorer son ordinaire par un précieux apport vitaminique. «Les prix sont largement à la portée des petites bourses. Depuis que les prix ont sensiblement chuté le poulet agrémente quotidiennement nos plats, au grand bonheur de toute la famille. Pourvu que ça dure !», soupire un père de famille, un couffin à la main. Si la baisse des prix arrange les affaires du consommateur, celles des éleveurs sont, en revanche, proches de la banqueroute. En effet, bien des aviculteurs de la région nous ont fait part de leur détresse, suite à l’effondrement des cours du poulet. «C’est une situation intenable. Je ne suis même pas sûr de pouvoir amortir mon investissement, encore moins rentrer dans mes frais», lâche, sur une pointe d’amertume, un éleveur de Chellata. Pour échapper à la ruine, d’aucuns s’investissent dans le circuit de commercialisation, en s’improvisant marchand, abatteur, livreur… «Les charges d’exploitation sont incompressibles, pendant que le marché ne cesse de s’orienter vers le bas. C’est difficile, dans pareilles conditions, de ne pas rogner sur ses marges bénéficiaires», témoigne un éleveur d’Ighram, confessant être au bord du gouffre. Certains aviculteurs pointent un doigt accusateur vers les éleveurs occasionnels qui sont, selon eux, la principale cause de leur infortune. La filière avicole est, dit-on, un filon qui attire une armada de spéculateurs de tout acabit, lesquels sont guidés par la seule obsession du gain facile. «N’importe qui peut, sur un coup de tête, s’improviser éleveur. Résultat des courses : il y a une surabondance du produit, laquelle tire les prix vers le bas», relève un aviculteur d’Akbou qui s’apprête, avoue-t-il, à abandonner l’activité.

N. Maouche

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