Pour un simple observateur des rues et boulevards des principales villes de la wilaya de Bouira, le nombre de malades mentaux errant sur la voie publique ne cesse d’augmenter un peu plus chaque jour. Sur les trottoirs, dans les cafés, sur les placettes et jardins publics, ceux qu’on nomme par commodité de langage les “fous” assiègent tous les endroits fréquentés par le public y compris la gare routière où ils se permettent de monter dans les bus, histoire de débiter quelque sermon ou bêtise, puis ils en redescendent. Les statistiques officielles de la wilaya établissent le nombre de malades mentaux à 4820 personnes toutes catégories confondues (jeunes enfants, adultes, vieux) et pour les deux sexes. Ces chiffres sont arrêtés à la fin de l’année 2004. Il en ressort aussi que la commune la plus affectée par ce phénomène est la commune de Bouira avec 616 cas. Elle est suivie de Lakhdaria avec 435 cas et Aïn Bessem avec 324 cas. La commune la moins touchée se trouve être Maâmora, au sud de la wilaya, avec 15 cas déclarés de malades mentaux. Ces chiffres doivent, bien entendus, être correlés avec le nombre d’habitants de chaque commune. Mais, il n’en demeure pas moins que le chef-lieu de wilaya donne une image assez nette de l’ampleur du phénomène par la présence physique assez marquée de ces marginaux de la société. Le seul établissement hospitalier de la wilaya disposant d’un service psychiatrique étant celui de Sour El Ghozlane, situé à 32 km au sud de Bouira. Pour des besoins thérapeutiques, les établissements de Oued Aïssi (Tizi Ouzou) et de Joinville (Blida) sont aussi sollicités. Cependant, la réalité dramatique de cette catégorie de malades se remarque d’abord dans la rue. En effet, un “spectacle” affligeant se donne à voir chez les cas les plus désespérés. Traînant leurs corps comme des loques humaines, barbes et fringues sales, certains malades fort agités constituent un danger public pour les passants. Eux-mêmes courent des risques d’accidents de circulation. Un cas d’agression fort regrettable est survenu le mois passé lorsqu’un patient a mortellement agressé son médecin, le psychiatre Omar Bouhadji, dans son cabinet à la cité Sorecal de la ville de Bouira. Le médecin rendra l’âme quelques temps après l’acte d’agression. Certains de ces malades en arrivent à passer la nuit dehors, sous les balcons ou arcades des bâtiments. Par ce temps de froid hivernal, ils se contentent d’un morceau de carton comme “sommier” et d’un morceau de tissu pour couverture. Les scènes les plus déplorables sont, sans aucun doute celles opposant certains malades, aux jeunes enfants qui font dans la provocation gratuite. Sobriquets, jets de pierres et autres gestes condamnables réveillent la furie des malades errant au point de rentrer dans une sorte de delirium tremens qui aggrave leur situation. Plus que les services de police, ce sont surtout les parents qui ne jouent pas leur rôle dans l’éducation de leurs enfants. Quand est-ce qu’on apprendra aux enfants que les fous sont d’abord des malades pour arrêter ce jeu malsain qui porte atteinte à la dignité humaine et amplifie le mal qui ronge une catégorie de la population ?
Amar Naït Messaoud
