Vallée de la Soummam Coup d’envoi sur les chapeaux de roues – La campagne de fenaison lancée

Connu pour être une saison de renouveau et de fécondation, le printemps s’est glissé en évanescence en peu de temps.

Et pour cause, les tapis floraux bariolés ont vite laissé place à des champs gagnés par la fanaison sur un fond monochrome jaune. Sur les hauteurs de la vallée de la Soummam, les terrains abrupts et escarpés grouillent de monde en cette deuxième décade du mois de mai. Dès l’aube, les fellahs rejoignent leurs parcelles de terrains, armés de faux et de faucilles pour entamer la corvée de la fenaison, comme le faisaient leurs aïeux depuis des générations. Cette tradition est vécue avec une grande ferveur par tous les villages. Elle est même célébrée en famille à l’instar de tous les legs ancestraux. Des habitants d’une dizaine de villages ont entamé cette campagne en montagne à quelque 700m d’altitude. Les habitants des villages N’Ath Waghlis et N’Ath Mansour…entament tous ensemble ce grand rendez-vous annuel hérité depuis des lustres. Avec un cheptel immense, soit près de la moitié du patrimoine bovin et ovin de la commune, voire de la daïra, les paysans trouvent toutes les peines du monde pour joindre les deux bouts. Et pour cause ! L’élevage ovin, bovin et caprin enregistre une nette diminution vu la flambée des prix des fourrages. La faible pluviométrie n’est pas en reste. Cette année, la fièvre est montée d’un cran, car la production de fourrage en basse plaine est considérée comme catastrophique. L’affûtage de faux et faucilles donne le coup d’envoi pour l’entame de la fenaison, qui n’est nullement une partie de plaisir pour les novices, et loin d’être une sinécure. Il reste néanmoins que ce travail est mi-artisanal, le fauchage se fait manuellement. Quant à la seconde opération, la lieuse prend le relais. Une dure besogne nécessitant patience et preuve d’abnégation, car les jeunes renâclent à l’idée de passer leur temps sur les champs, laissant ainsi leurs parents à en pâtir tout seuls. Munis de faux, de faucilles, mais surtout de leur gamelle de victuailles, constituées de pommes de terre frites, poivrons, tomates, œufs durs, couscous aux légumes et à la viande, desserts et bien sûr du café les citoyens démarrent tous ensemble pour rejoindre, dans la fraîcheur matinale, leurs propriétés et commencer le travail aussitôt. Le temps compte pour tous les habitants qui sont astreints à rester sur les lieux de 5h à 19h. Tous rivalisent d’efforts pour achever l’opération de fauchage afin de ne pas être pris de court et prendre part à la phase de bottelage qui, elle, n’attend pas. «Il y va de notre intérêt de récolter une dizaine de bottes de foin que de les acheter à des prix exorbitants. Une botte de foin coûte plus de 1 600 dinars. C’est dire que l’élevage est devenu de nos jours une affaire pas du tout rentable», nous avoue avec amertume un fellah de la région. Les terrains escarpés et abrupts ne facilitent guère la tâche à nos fellahs, ce qui les contraint de recourir aux bêtes de somme afin de transporter le foin au lieu où sont stationnés les tracteurs munis de batteuses. Les nombreuses pistes agricoles s’avèrent insuffisantes, d’autant plus que les habitants de la région en demandent davantage pour qu’ils puissent travailler leurs champs dans de meilleures conditions, notamment pour l’accès des tracteurs, camions nécessaires pour les différents travaux liés à l’agriculture. Un élu de la municipalité de Chemini nous dira à ce sujet que des propriétaires terriens s’opposent souvent aux projets liés aux pistes agricoles, et veulent à tout prix que l’itinéraire tracé ne touche pas à leurs parcelles de terrains. Ces pistes seront bénéfiques et pour la région et pour lesdits propriétaires terriens, qui verront le prix de leurs biens revalorisés. Un véritable théâtre de vie champêtre s’offre aux curieux. En cette période de fenaison, les faucheurs s’affairent activement sous un soleil de plomb dardant ces rayons qui ne rebutent nullement leur volonté et leur rectitude. La faux oblitère tout doucement les champs irisés pour laisser place à de vastes terrains recouverts de foins fauchés. Le fanage est une étape transitoire nécessaire pour le séchage du foin avant de procéder à la récolte pour que la lieuse en sorte des bottes de foin bien rangées. L’engrenage de la récolte doit se faire illico presto afin d’éviter tout désagrément pouvant anéantir la récolte, et ce, en raison du rancissement du foin dans le cas où la météo joua des tours aux agriculteurs n’ayant pas glané à temps leurs récoltes. Moult fellahs se sont trouvés piégés par les dernières pluies, lesquels n’ont pu amasser leurs récoltes à temps. Une pénible épreuve pour ces propriétaires qui voient leur dur labeur balayé par une météo orageuse. Les bottes de foin récoltées par lesdits particuliers sont souvent destinées à l’alimentation de leurs bétails et non pas à l’usage commercial. De surcroît, la récolte n’est pas aussi substantielle pour que les fellahs aspirent à revendre leur moisson. En substance, ils peuvent réduire la facture d’achat du foin qui ne cesse de connaître des flambées de prix considérables ces dernières années. La localité de Chemini qui enregistre un nombre non négligeable de fellahs, et dont l’unique ressource reste l’élevage ovin et/ou bovin pour ces derniers. Une meilleure récolte est souvent synonyme d’une année fructueuse et prometteuse. Cette année, une botte de foin se négocie autour de 1 600 DA, un prix considéré comme excessif par les producteurs. En effet, le bottelage revient moins cher que de recourir à l’achat du foin dans les marchés hebdomadaires. Ces calculs font frémir les propriétaires de cheptels qui devront débourser pour l’achat supplémentaire de fourrages si l’hiver prochain ressemblerait à celui de cette année. Selon les témoignages de quelques paysans, le «retour à la terre» est une condition sine qua non pour survivre à l’après-pétrole.

Bachir Djaider