Le barde de Seddouk, Malek Souagui, continue son petit bonhomme de chemin dans l’univers de la prose en mettant sur les étals son deuxième recueil de poésie, intitulé « Au détour des chemins ».
Suite au franc succès de son premier recueil «L’arbre de la vie», le magicien des mots a plus d’un tour dans son chapeau rempli de vers que les verres ne peuvent contenir. Une œuvre nimbée de quintessence et farcie de métaphores. Celle-ci est prolongée d’une suite d’apories et d’oxymores. Les thèmes se chevauchent et se réinventent dans une brochure bien ficelée et épurée de facto. L’insouciance, la négligence, l’incohérence, les coutumes et tradition, l’amour et la trahison,…autant de sujets que les amateurs de la rime auront l’agréable surprise de découvrir à travers cet opus que nous offre le bibliothécaire, Malek Souagui. Dans ce deuxième recueil, édité à compte d’auteur, les vers que partage le poète se connotent dans la matrice des épreuves pour lesquelles tout un chacun est interpellé au détour des chemins. «Au détour des chemins» s’érige en raccourci à la fontaine des vers pour abreuver les amoureux du verbe. Les férus du bon verbe ne se sentiront aucunement lésés, mais plutôt happés par la magie des mots dans ce fignolage aux déphasages tantôt lucides, tantôt clos. Les mots confluent vers le fard des Parnasse pour conjurer le poids des maux en exhumant le sortilège des spleens que se livre le poète sans artifices ni malices. L’éloignement, l’esseulement, l’exil et tout ce qui rime avec absence sapent le moral, érodent le physique et taraudent le reste, mais Malek conclue souvent avec des notes d’espoir en déterrant les mots qu’il faut pour assoupir les âmes égarées. «Le vent de la vie, souffle sur les rêves, avec une réelle envie, quand il se lève, le vent de la vie, qui nous emmène, vers un lointain pays, là où il se promène…», des strophes tirées dudit recueil qui en donne plein les yeux et à fond les ouïes. Les mots soyeux qu’use l’enfant de Seddouk apportent un baume aux âmes sans détour et sans armes. Dépendre et vivre sous l’égide d’un seul refuge auxiliaire, celui de la nostalgie des mots, de la nostalgie des lieux, de la nostalgie des visages, de la nostalgie des voix, de la nostalgie des sourires contagieux, de la nostalgie des amours perdus, de la nostalgie de soi quand on vit en filigrane dans les pensées résument le recueil de poèmes de Malek Souagui qui ne cesse de subjuguer les lecteurs par une poésie raffinée et versifiée. À la recherche de soi dans ce parcours si singulier à chacun, dans ce concours de soi face à l’autre qu’il découvre dans sa survie exposée au hasard des temps perdus, le jeune écrivain arrive subtilement à conquérir le cœur des amoureux de la prose. Les âmes aux abois retrouvent la voie des couleurs en conjurant les douleurs muettes une fois la magie des mots s’opère lucidement et sûrement. Au fil des pages, l’infatigable barde nous fait découvrir une panacée dans les couleurs et goûts reflétant la Kabylie qu’elle répand et transpose ailleurs. Les thèmes évoqués de part et d’autre sont les valeurs, l’honneur, la justice sociale, le Printemps noir et la culture des Kabyles en particulier et celle des Amazighs en général. Le verbe s’incline, l’espoir se dessine, l’horizon s’illumine dans les dédales d’une âme en quête de soi. L’imagination débordante de ce talentueux poète ne s’arrêtera pas en si bon chemin tant que le ruisseau des mots reste intarissable.
Bachir Djaider

