Kendira Tajmaat ou la tribune populaire réhabilitée – Taourirth Khelfa renoue avec la tradition

Pour les besoins de faire revivre et de réhabiliter les réunions populaires d’antan, connues sous le nom de tajmaat, le village Taourirt Khelfa de la commune de Kendira était au rendez-vous vendredi dernier, à la faveur d’une assemblée générale organisée par son comité religieux.

Une ambiance comme au bon vieux temps ! les années d’or pour les vétérans de ce petit village sont ces rencontres qui avaient lieu sur cette petite placette, utilisée comme une tribune pour régler les problèmes pouvant infecter la vie des villageois. Depuis plus de deux ou trois décennies, racontent quelques habitants dudit village, ces rendez-vous ont disparu de la scène et les gens ne se voient que rarement, sinon durant les fêtes ou les décès. Beaucoup ont, en effet, quitté le patelin pour aller vivre ailleurs, mais sans pour autant couper tous les liens avec le village qui les a vus naître. «C’était juste pour faciliter la vie à nos enfants, mais notre village est toujours en nous, nous ne pouvons l’oublier ou lui tourner le dos», nous dira un retraité installé dans une ville de la vallée. Cet état de fait est constaté dans la plupart des villages kabyles où le mode de vie a pris une autre trajectoire. «Il est vrai qu’avant, nous appliquions des règles fixées localement dans la gestion de notre cité mais actuellement, nous fonctionnons selon les règles de la République relatives aux associations. Seulement, cela ne pourra pas nous faire oublier cette tradition ancienne de se réunir pour discuter de cette vie communautaire», expliqua à la foule Lhadj lakhdar, un des notables du village. Sachant que la mosquée fait partie de la vie profonde des villages kabyles et de leur patrimoine à côté du cimetière, de la fontaine et de tous ce qui pourrait être un dénominateur commun des villageois, l’objet de ces retrouvailles a tourné principalement autour du projet de construction d’un nouveau lieu de culte. Après un tour d’horizon sur ce projet et l’appel à tout un chacun de mettre sa main à la pâte pour sa concrétisation, les villageois n’ont pas manqué surtout par nostalgie, de «remettre sur la table» tous les problèmes et conflits, bref tout ce qui se disait avant à voix basse. «Puisque l’occasion nous a été offerte, nous devons se dire les vérités en face, nous sommes une seule famille, donc nous devons commencer par laver notre linge sale», dira un jeune faisant partie du mouvement associatif. Un brouhaha généralisé occupa la scène jusqu’à faire penser que ça allait au débordement, mais c’était peine perdue, rassura un citoyen, car c’était un choc entre les générations d’une même communauté d’un même village, c’était juste une vision différente des choses qui, à la fin de la rencontre, a été très applaudie. Car, tous les dires se convergent à une chose sacrée : maintenir la fraternité qui a fait trembler l’armée française durant la guerre de libération nationale. L’autre point positif de cette rencontre est ces retrouvailles des villageois ayant choisi l’exode mais qui n’ont pas manqué de venir assister et contribuer aux projets du village. C’est dire qu’il y a du pain sur la planche pour le comité de village, car beaucoup reste à faire pour réaliser le projet de la nouvelle mosquée, entretenir le cimetière, initier des actions humanitaires et de solidarité envers les démunis et les nécessiteux du village. D’autres rendez-vous auront sans doute lieu, étant donné que l’on a brisé le mur du silence. Le tout prochain sera dans peu de temps, avec l’organisation d’une Louziaa, comme pour signer ce retour aux sources. Il est à noter que Taourrit Khelfa est un petit village situé du côté de Bourached et perché sur une colline. Il compte quelque 300 âmes dont la moitié a opté pour l’exode vers les grandes villes. Son histoire ne se limite pas à sa contribution dans la guerre de libération, où 20 de ses enfants sont tombés au champ d’honneur. Taourrit Khelfa est un patelin ayant enfanté hadj Touati, un homme non retenu par l’histoire officielle mais qui a été un allié d’El Mokrani et de Cheikh Ahedad, il mourut les armes à la main lors d’une bataille.

Nadir Touati