La pierre bleue, une manne sous-exploitée

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Tous les usagers de la RN5, qui traverse la commune d'Ath Mansour, remarquent ces piles de pierres bleues, superposées par centaines sur les accotements.

À la sortie Ouest du chef-lieu communal d’Ath Mansour, au lieu-dit Dallas, c’est un véritable chantier à ciel ouvert qui a été aménagé par un bon nombre de tailleurs de pierres, qui ont élu domicile sur les abords de la RN 5 pour s’adonner à leur activité; celle de tailler la pierre bleue, afin de lui donner une forme avenante. Leur nombre ne cesse d’augmenter au fil des ans, dénotant de l’importance de cet artisanat unique dans la région. Ici, pour devenir un tailleur de pierres, il faut avoir beaucoup de la patience, des mains expertes et surtout une endurance à toute épreuve. Le décor nous rappelle un petit peu le fameux gisement de Tkout (W. Batna), où des dizaines de jeunes et moins jeunes s’échinent à tailler les pierres en payant ce métier de leur santé. La silicose fait des ravages parmi eux. Cette maladie incurable est due à l’inhalation des particules de pierres invisibles à l’œil nu, et les ciseleurs d’Ath Mansour sont aussi exposés à cette maladie, d’autant plus qu’ils ne disposent d’aucune couverture sociale. Munis de marteaux taillants, de ciseaux et d’équerres, les ouvriers façonnent les pierres sous un soleil de plomb. Des huttes sont montées sur les abords de la RN 5, qui leur permettent de se reposer un moment et de faire une petite sieste pour récupérer. Le travail est vraiment très pénible pour ces artisans, mais il leur permet de vivre convenablement, et ce, eu égard à la demande accrue que connaît le marché sur la pierre bleue. Cependant, ce n’est pas uniquement la pierre bleue qui est mise en valeur. D’autres pierres de différentes couleurs sont façonnées in situ. Il y en a des pierres de couleurs ocre, sable doré rose, calcaire jaunâtre, verte, bleue,… Ces pièces entrent dans le parement mural.

Un matériau très demandé par les auto-constructeurs

Les auto-constructeurs en demandent pour la décoration des façades de leurs habitations. La pierre bleue est un matériau très résistant aux facteurs climatiques et à la pollution, d’où l’intérêt particulier que lui portent les citoyens pour revêtir, décorer et embellir leurs maisons. C’est devenu une mode pour les citoyens qui, même les moins nantis, ornent les pourtours des portes et des fenêtres avec ces pierres de décoration. Par ailleurs, en ce qui concerne les conditions de travail dans lesquelles évoluent les artisans de la pierre bleue, celles-ci sont déplorables à plus d’un titre. Ces ouvriers, qui travaillent pour leurs comptes, ne sont pas pourvus d’équipements adéquats pour mener à bien leur métier. Ils ne portent ni masques anti-poussière ni tenues ni encore moins de casques pour se prémunir d’éventuels accidents impromptus. Ils travaillent tels des forçats dans un chantier à ciel ouvert, où s’entassent des centaines de pièces en attente d’être taillées et équarries. Sur un autre registre, faut-il noter, la pierre bleue constitue l’une des richesses naturelles dont dispose la commune d’Ath Mansour. L’exploitation industrielle de cette ressource pourrait créer des richesses et des centaines de postes d’emploi dans la région. Cette matière première est très demandée, en ce sens que le secteur de l’habitat connaît un essor exceptionnel dans tout le pays.

Y. Samir

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