La crise d’eau potable au niveau de la daïra de Maâtkas ne s’estompe toujours pas.
Malgré l’intervention des autorités de wilaya, qui ont déjà instruit les directeurs du secteur concernés de suivre l’évolution du problème et l’inscription de projets visant à améliorer la distribution et l’acheminement du liquide précieux vers la localité et même en installant une cellule de crise qui suit quotidiennement l’événement, la crise est loin de s’estomper. Les villageois multiplient les actions de protestation pour réclamer de l’eau. La dernière action a eu lieu au courant de la semaine passée, où les sièges de daïra, d’APC et de l’ADE ont été fermés. Pour cela, l’assemblée populaire de la wilaya de Tizi-Ouzou, à travers la commission de l’agriculture, de l’hydraulique, de la pêche et du tourisme, s’en mêle à son tour, pour tenter de participer à la résolution de cet épineux problème, qui prend en otage des dizaines de villages à travers la daïra de Mâatkas. Jeudi dernier, ladite commission a invité des représentants des comités de villages, les directions concernées et le maire de Maâtkas, M. khermouche Slimane, pour débattre de ce problème et tenter de trouver des solutions rapides et durables. En présence des représentants de l’ADE et de l’hydraulique, des représentants des comités de villages, le président de la commission hydraulique de l’APW précisera : «C’est une obligation et un devoir de trouver des solutions à ce problème qui dure depuis des années. Il n’est plus possible de tolérer l’iniquité actuelle en termes de distribution d’eau potable. Il est injustifié que certaines régions soient alimentées en eau H24 alors que d’autres attendent ce liquide précieux qui ne vient qu’une fois toutes les trois semaines, voire plus, comme c’est le cas dans certains villages de Mâatkas. Nous devons tous, élus, administration et comités de villages, trouver, vaille que vaille, des solutions. Nous avons déjà travaillé sur ce dossier et nous avons soulagé l’aarch de Berkouka qui regroupe 15 villages. La part de ces villages était sensée être redistribuée au reste des villages de Mâatkas pour améliorer la distribution, mais ce n’est pas le cas malheureusement. C’est à se demander où est passée toute cette eau ?». Pour sa part, M. Khermouche Slimane, le P/APC, fera un diagnostic détaillé de l’état des lieux du secteur de l’eau à Mâatkas, et parlera longuement des cris de détresse lancés par son exécutif en direction de l’administration pour inscrire des projets en vue de mettre fin à cet épineux problème et au sinistre épisode estival que vivent les citoyens de sa commune. «Notre exécutif n’a pas attendu 2016 pour réagir. Nous avions entrepris des initiatives locales depuis notre installation, mais comme nos moyens étaient insuffisants, nous avons alerté l’administration sur ce problème. Nous avions fait des propositions, si elles ont été entendues à temps, nous ne serions pas là aujourd’hui à parler d’eau. Nous lançons un énième SOS pour l’inscription de nouveau projets dans le secteur afin d’éviter cet épisode infernal à notre population. La réalisation de réserves d’emmagasinement, la réfection du réseau et la réalisation de nouvelles chaînes, et le renforcement de l’ADE locale en moyens matériel et humain sont indispensables si l’on veut éviter un drame, car notre population a vraiment soif», disposera le P/APC. Après d’autres interventions, notamment celle du secrétaire général de la daïra, la parole est donnée aux représentants des villageois.
«L’eau, nous n’en avons pas depuis des mois»
Tour à tour, les représentants des villageois ont pris la parole pour parler du liquide rare et précieux dans leurs villages respectifs. Nous ne pouvons pas, hélas, reprendre toutes les déclarations et témoignages tellement ils sont nombreux à décrire des situations inédites. Le représentant du village Ighil Issiouane déclarera à l’assistance dans un témoignage poignant : «Nous n’avons pratiquement pas d’eau, en été comme en hiver. Ce qui arrive dans nos robinets, c’est seulement la pression. Nous devons ouvrir des garages de vulgarisateurs pour gonfler les roues !». Celui du village Ait Ifrik enchaînera : «Nous n’avons reçu aucune goutte d’eau depuis 46 jours, soit avant le mois de Ramadhan. Nous avons des quartiers inaccessibles aux véhicules, donc nous ne pouvons même pas acheter des citernes tractables. Nous continuons de faire la corvée matinale comme au bon vieux temps à partir de la fontaine du village, mais, à présent, elle s’assèche. Le réseau de l’eau est obstrué par la rouille, le calcaire et les eaux usées. Nous avons, au niveau de notre village, décidé de ne plus payer les factures de l’ADE depuis trois mois et nous n’allons pas le faire si ce réseau n’est pas refait en PEHD et si l’eau ne nous parvient pas». Et de regretter : «pour nous laver, nous récupérons l’eau avec laquelle nous avons déjà lavé les fruits et les légumes, c’est du recyclage». Pour celui du village de Malvane, le village le plus haut de Mâatkas, la situation est bien meilleure puisque le village reçoit de l’eau à raison d’une fois par semaine mais de nuit. À El Vir, Iakouchen, Takhribt, Arqouv Azougagh, la situation est plus grave. Lesdits villages, selon l’intervenant, n’ont reçu aucune goutte d’eau depuis trois mois. À Ait Aissi Ouziane aussi, la situation n’est pas reluisante pour bon nombre de foyers. D’autres intervenant à travers la quasi-totalité des villages de Mâatkas, notamment à Ait Zaim où les villageois ont dû eux aussi recourir à des actions de protestation, l’eau potable se fait de plus en plus rare. Le représentant du secteur de l’eau, M. Djouder, n’a pas manqué de répondre à toutes les doléances soulevées en s’engageant à mettre tous les mécanismes efficients en vue d’améliorer la situation du secteur de l’eau à travers Mâatkas et toutes les régions de la wilaya de Tizi-Ouzou. À l’issue de cette rencontre, des décisions ont été prises.
Le wali installe une cellule de crise et l’APW projette des missions sur place
M. Ladaouri Ramdane, questionné à propos des décisions prises pour justement remédier à ce calvaire qui malmène la population de Mâatkas depuis de nombreuses années, a indiqué : «Nous avons, en parfaite entente avec le secteur de l’eau et l’APC, décidé d’organiser deux missions sur le terrain pour établir un diagnostic fiable et actualisé. Nous allons donc nous rendre sur le terrain dans les tout prochains jours pour constater de visu ce qui se passe réellement. Une feuille de route sera tracée pour prendre en charge tous les manquements. Des débitmètres seront également installer pour voir la quantité d’eau qui arrive à Mâatkas. Les fuites d’eau seront toutes réparées. Le programme prévu sera revu s’il y a nécessité en collaboration avec la cellule de crise installée déjà par M. le wali. Bien entendu, notre assemblée restera toujours disponible à prendre sa responsabilité selon ses moyens. Nous allons aussi interpeller la direction générale et le ministre concerné pour se pencher sur le problème de l’eau potable dans cette daïra». Il a été aussi convenu de mobiliser la ressource hydrique pour cette localité et un programme de réfection du réseau est prévu. Pour les travaux au village Ait Zaim, une autre entreprise est retenue pour achever les travaux de réfection déjà entamés. Il est aussi question de la sécurisation de la vanne du château d’El Vir. Une nouvelle chaîne de distribution est inscrite pour alimenter une partie de la commune à partir de l’oued Bougdoura. «Espérons que cette fois-ci sera la bonne et que l’année prochaine, soit celle qui verra notre soif étanchée», a noté un des représentants des villageois.
Compte-rendu de Hocine T.

