Accroché au pied du Djurdjura tel un enfant qui peine à quitter sa mère, le village Ilyiten, dans la commune de Saharidj, abrite quelque 1 000 âmes après que deux tiers de ses habitants l’ont quitté pour s’installer ailleurs.
Ce village natal a «donné naissance» à trois grands villages, à savoir Hagui, Azaknoun et Assatal, dans la commune d’El-Adjiba et M’laoua à Bechloul. Cet exode qui a pris effet dès le début des années 70 est relatif aux conditions de vie pas du tout aisées pour les montagnards, eu égard au manque criant des commodités de base. L’école compte parmi les premières causes de cet exode. Beaucoup de villageois ont quitté les terres de leurs aïeuls pour offrir l’opportunité d’étudier à leurs progénitures. D’ailleurs, la plupart des cadres de ce village ont débuté leur cursus scolaire, soit à El-Adjiba ou à Bechloul. L’enclavement est également l’une des raisons de ce départ en masse. En effet, le relief montagneux n’a pas facilité la tâche aux citoyens de bâtir de nouvelles habitations. C’est un vrai dilemme pour les villageois qui ne savaient pas où se donner de la tête, car les parcelles constituaient, et continuent de l’être pour beaucoup d’entre eux, une source de financement, ce qui ne leur permettait pas de les convertir en lots à béton. Pour revenir un peu à l’histoire de ce village, il importe en premier lieu de déterminer l’épistémologie de son appellation. Selon les propos des anthropologues consultés, le nom Ilyiten subit une transformation langagière qui devait normalement se prononcer «Ilelliten» qui signifie : les libres. Une thèse qui s’avère plausible eu égard aux origines des villageois et leur actuelle appartenance sociale.
L’émigration, à quelque chose malheur est bon…
Bien avant le déclenchement de la guerre de la Révolution, beaucoup de villageois ont pris le chemin de l’émigration à la recherche d’un emploi qui leur permettra de nourrir leurs familles respectives. C’est évidemment la France qui a été leur destination et en groupes, ils se font embaucher dans les mines ou dans les aciéries. Beaucoup d’entre-eux ont été victimes d’accidents graves et mortels pour certains. Bravant tous les dangers et considérés comme des boucs émissaires, leur seul souhait était d’amasser le maximum d’argent qu’ils envoient par mandats aux parents ou aux frères. La misère avait atteint alors son paroxysme dans les deux rives de la méditerranée. Et chemin faisant, l’émigration qui a été durant les premiers temps des moments de tristesse et d’émotion, devient au fil du temps une suite logique des générations montantes qui rejoignaient leurs aînés et continuent de le faire jusqu’au jour d’aujourd’hui. Cependant, c’est grâce justement à tous ces sacrifices que la situation s’est améliorée pour beaucoup de familles qui ont accédé à un niveau de vie plus décent.
L’autosuffisance, un crédo pour les villageois
À l’orée de l’indépendance, Ilyiten n’a eu droit à une école primaire qu’aux débuts des années 70. Néanmoins, les villageois n’ont pas attendu l’arrivée de cet exploit pour inscrire leurs enfants ailleurs. Et les premiers collégiens à rejoindre Amrouche Mouloud n’ont compté sur aucune aide ou assistance des pouvoirs publics. Hormis le régime d’internat dont ils ont bénéficié à l’instar de beaucoup de leurs camarades, leurs déplacements par contre s’effectuaient une fois toutes les trois semaines, voire plus, en raison de l’absence des moyens de locomotion. Tous ces obstacles n’ont pas dissuadé ces jeunes collégiens à aller plus loin dans leur cursus pour les retrouver aujourd’hui médecins, ingénieurs et cadres dans des sociétés ou dans l’administration. Les sources de financement assurées par les émigrés ont contribué à bâtir des maisons sans solliciter l’aide de l’État et encore moins postuler pour un logement social au niveau du chef-lieu communal. Ce n’est qu’à ces dernières années qu’on assiste à ce genre d’aides octroyées dans le cadre de l’habitat rural, où beaucoup de jeunes ont tiré profit de ces mesures.
Le gaz, la lueur d’espoir qui tarde à venir
La seconde route dont a bénéficié Ilyiten, il y a de cela environ quatre années, l’a véritablement sorti d’un enclavement qui ne disait pas son nom. Sauf que son étroitesse et sa dégradation constituent un danger permanent pour ses usagers. Mais, l’autre préoccupation majeure des At Ilyiten réside dans l’attente incompréhensible et inexpliquée de leur rattachement au réseau du gaz naturel. Pourtant, le chantier a démarré depuis plusieurs mois sans que les foyers ne soient raccordés. Toutes les réclamations et autres démarches entreprises par les citoyens s’avèrent vaines, puisqu’aucune suite n’est réservée à leurs doléances. Il faut dire qu’à l’approche de chaque saison hivernale, c’est la peur au ventre qui s’empare des villageois. Par quels moyens peuvent-ils faire face aux affres du froid ? Parfois, la neige bloque carrément la chaussée et le village ne dispose même pas d’un dépôt de vente du gaz butane. Pour s’en procurer, un déplacement vers des villages avoisinants est inévitable, une chose peut-être pas encombrante pour celui qui dispose d’un véhicule. Mais le cas n’est pas identique pour d’autres.
Le football, l’alternative des pauvres
L’absence de lieux de loisirs laisse la frange juvénile prendre son sort en main pour trouver des palliatifs à la situation qui y prévaut. Et pour meubler leur temps durant ces congés d’été des tournois de football s’organisent annuellement pour rompre avec la monotonie et casser ainsi la routine des longues journées. Chaque année, ce sont des jeunes bénévoles qui se proposent pour l’organisation d’un tournoi auquel ils associent les villageois pour créer une ambiance et pourquoi pas permettre aux jeunes talents de faire valoir leurs compétences. Mais, l’inconvénient majeur sur lequel bute ce genre d’activité est bel et bien l’absence d’un terrain qui pourra les abriter. Un projet de réalisation d’un terrain a été engagé il y a de cela plus de cinq ans, sans que les travaux n’aillent à leurs bouts. La plateforme demeure, à ce jour, inexploitée et le chantier à l’arrêt. L’autre stade réalisé en forme de terrain combiné suscite alors moult interrogations. Il s’agit bel et bien d’un «massacre» d’un des joyaux de la localité. Du point de vue historique, il s’agit d’un réservoir d’eau réalisé dans les années 40 par les Français à l’effet d’alimenter l’usine hydro-électrique située au bas du village. Et du point de vue utilité cet ouvrage pourrait servir de références à beaucoup d’étudiants dans le domaine de l’électricité.
Smail Marzouk

