Ferguenis Nabil, de la fédération nationale de l'éducation (Snapap) – «Nous refusons ce plan du déni des droits»

À une semaine des rentrées sociale et scolaire qui, de l’avis de beaucoup d’observateurs, s’annoncent des plus chaudes, M. Nabil Ferguenis, chargé de communication à la fédération nationale de l’éducation affiliée au SNAPAP, se livre.

La Dépêche de Kabylie : Que pensez-vous de la prochaine rentrée sociale ?

Nabil Ferguenis : Cette année nous pensons que la rentrée sociale sera différente des précédentes. Le risque d’un éventuel dérapage n’est pas à écarter. D’abord, il y a la crise économique et ses conséquences directes sur les travailleurs, puis les restrictions drastiques qui se feront et qui de surcroît touchent les secteurs névralgiques, tels l’éducation nationale avec un code de travail anti social et restrictif des libertés syndicales engendrant des dépermanisations à outrance.

Vous parlez de plus en plus de dangers que recèle le nouveau code du travail. Pouvez-vous nous expliquer un peu de quoi il s’agit exactement ?

Le code du travail est un processus dû à une politique ultralibérale décidée à la va-vite, afin de mettre à plat les droits des travailleurs acquis de hautes luttes. Nous considérons ce plan de négation et de déni des droits comme une mise en application des restructurations dictées par les puissances de ce monde, afin de mettre notre économie au service de leurs multinationales ! Il y a aussi lieu de noter que ce dernier est frappé de vide juridique. Le travailleur est à la merci de son employeur qui interprétera ses articles à sa guise.

Quelle est la position de votre syndicat par rapport à l’annulation de la retraite proportionnelle et la classification, prochaine, des métiers à risques qui bénéficieront de ce droit ?

Notre position est claire à ce sujet et nous l’avons déjà exprimée à travers la presse nationale. Nous lutterons avec détermination pour maintenir les acquis des travailleurs. Nous considérons cette sortie de tentative de diversion afin d’absorber la contestation sociale et par conséquent continuer à durcir les textes de loi en faveur de l’employeur. La révision de notre système de retraite nécessite un large débat au sein des institutions élues, et dans les médias avec tous les partenaires sociaux, en associant des économistes et experts dans le domaine, dans le but de sortir avec des réponses objectives, rationnelles et équilibrées.

Soutenez-vous le retour à l’enseignement des matières scientifiques au lycée en langue française ?

Je vais faire mienne une citation de Kateb Yacine « La langue française est un butin de guerre ». Je suis d’accord avec ce projet pour revenir à l’enseignement des années 70, où on étudiait le français d’abord en tant que langue, et cette langue nous servait d’instrument pour étudier toutes les sciences. Tout le monde sait que l’arabe généralisé au primaire, au moyen et au secondaire, a fini par un échec au point où on est entré dans un cycle, totalement ridicule, où des lycéens, pratiquement 100% arabisés, une fois à l’université se retrouvent à étudier en français. Je n’ai jamais compris cette absurdité. Si on n’arrive pas à donner une véritable formation en arabe dans nos universités, il faut se rendre à l’évidence et reconnaître que la langue française est d’un grand secours comme l’anglais aussi. Et pour que nos étudiants suivent, il est impératif qu’ils s’habituent aux langues étrangères et cela depuis le primaire. Pour qu’une fois à l’université ils ne vont pas s’occuper à apprendre le français, mais à comprendre les études avec les différentes matières proposées. Le Snapap est favorable et soutiendra Madame la ministre pour la concrétisation de cette option, résultat d’une longue étude et d’évaluation. Ceux qui sont contre ce projet sont ceux qui scolarisent leurs enfants dans des lycées français ou ailleurs.

Comment jugez-vous le bilan de l’intégration des enseignants contractuels par voie du concours organisé à la fin de l’année scolaire écoulée ?

Nous avons à maintes reprises alerté le ministère de l’Éducation à propos du dossier des contractuels jugé très lourd et dont nous étions les seuls, à travers notre syndicat, à les encadrer. Par conséquent, nous rappelons les responsables du secteur de réorganiser un autre concours spécifique et en finir, une fois pour toute, avec cette frange qui a trop souffert dans sa mission de replâtrage pour une intégration pleine et entière.

La révision du statut des travailleurs de l’éducation tarde à venir. Pourtant, de l’avis de tous les acteurs concernés, c’est la seule solution pour réparer le déni que comporte l’actuel statut à l’encontre de plusieurs catégories de fonctionnaires de l’éducation ?

Pour la révision du statut des travailleurs de l’éducation, on a été aussi très clairs. Nos propositions s’inscrivent dans une stratégie de long terme. C’est-à-dire s’inscrire dans une démarche d’indexation du point indiciaire par rapport aux pouvoir d’achat (le point indiciaire augmentera une fois que les prix auront augmenté). Et nous sommes très catégoriques quant au règlement des irrégularités entre les différents corps des personnels existants dans notre secteur.

Un mot sur la gestion des œuvres sociales de l’éducation ?

Nous sommes pour une création d’un office national et loin de toute emprise syndicale, car la gestion des œuvres sociales dans notre secteur subit et subira toujours des étranglements financiers et toujours il y aura des blocages vu que l’intérêt des syndicats prime sur l’intérêt des travailleurs.

Des actions pour la rentrée ?

Pour la rentrée prochaine, au SNAPAP, nous nous sommes affiliés à la CGATA (Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie) et nous préparons des actions avec d’autres secteurs et nous serons très à l’écoute des travailleurs afin de débattre de tous les problèmes et aller de l’avant pour une école prospère et créatrice de rêves et pour un travail digne et un salaire meilleur.

Qu’en est-il de l’éternelle problématique des recrutements, c’est-à-dire l’infériorité du nombre de recrutés par rapport aux nombre de postes vacants ?

Le problème de postes vacants dont souffre notre secteur est lié d’une façon ombilicale, au système de retraite et au pouvoir d’achat qui se dégringole en exponentiel, vu le caractère névralgique du secteur de l’éducation. Nous appelons le gouvernement à être favorable aux ouvertures conséquentes de postes budgétaires, pour mettre fin à cette hémorragie qui peut engendrer des carences chroniques et un impact négative au plan du rendement pédagogique des élèves.

Entretien réalisé par A. T.