La résurrection d’un lieu saint

Sidi Amar, lieu saint sis à la sortie est du village de Souama, lieu où se déroulait jadis le marché hebdomadaire « Lhad Nath Bouchaïb » et dont la route, qui le traverse, a toujours servi de « stade » pour toute la jeunesse de la région, se réveille de sa léthargie par des innovations dont chacun se doit d’être fier. Longtemps, ce saint a observé les travaux d’aménagement réalisés par les villageois pour alimenter les fontaines à partir des sources et des captages que les flancs de la montagne permettaient. Longtemps il a suivi, de loin, les travaux d’installation des conduites et des canalisations qui s’en allaient rejoindre le village. Longtemps il a contemplé les travaux d’alimentation en eau potable des villages voisins, puis le goudron qui recouvre la route a fait son apparition. Ce lieu saint n’oublie pas l’affluence que chaque « Timechret » provoque pour une animation qui ne dure que… la matinée, ni les cérémonies d’enterrement dont il ne calcule même pas le nombre. Il se rappelle même le Poclain qui avait si longtemps veillé sur les lieux, abandonné après avoir servi à différents travaux. Le bulldozer a quitté les lieux qui ont retrouvé leur animation habituelle : les matchs de football, avec tous les risques et les dangers de la route, les parties étant souvent interrompues par le passage des voitures et… des femmes appelées à se déplacer. Les premières par précaution et les secondes par respect. Aujourd’hui, les bruits sont toujours là, mais leur son est différent. C’est celui des bulldozers en action pour araser le terrain qui fait face au mausolée et qui est appelé à recueillir les candidats aux joutes footballistiques dans un cadre sécurisé. C’est le son des voix des maçons et des manœuvres chargés d’installer les évacuations des eaux pluviales. Et c’est aussi la nouveauté de ce millénaire : la fête de l’achoura bat son plein sur place, avec les sempiternels « Iddebalen », les « youyous » des femmes et des jeunes filles, les cris des jeunes, les rires des enfants et tout ce qui n’était plus qu’un souvenir pour les lieux. Les notables sont restés toute la matinée, assis sagement et adossés au mur, faisant face à une foultitude chamarrée et bigarrée, des enfants bruyants et rieurs, des femmes en robes fleuries de toutes les couleurs, des hommes qui ne tendent les mains que pour solliciter la « Bénédiction » pour les donateurs. Les lieux sont animés. C’est vrai que « Timechert » a eu lieu la veille. C’est vrai que les gens étaient bien nombreux. C’est vrai que chacun a eu une pensée pieuse pour les lieux. Mais, aujourd’hui, ils sont venus pour le lieu saint, rien que pour le faire résonner des « youyous » dont il avait oublié la résonance, des rires juvéniles qui se sont perdus dans les souvenirs. Ils sont là et c’est l’essentiel. Que peut-il encore espérer ? Que peut-il encore souhaiter ? Sinon que cela se reproduise chaque année, que ce rituel reprenne forme et vie et que les lieux revivent sous la « bénédiction divine » et le saint Sidi Amar se fait d’ores et déjà le porte-parole de la volonté des citoyens et continuera encore à veiller sur les lieux, comme il s’en est fait une charge.

Sofiane M.