Qu’est-ce qu’une maison d’édition classique ? Une maison d’édition est une entreprise ou une association dont l’activité principale originelle est la production et la diffusion de livres ou de documents mis en pages.
Dans le principe, toute maison d’édition signe un contrat avec l’auteur, publie le livre, assure sa promotion et sa distribution. Elle est légalement propriétaire du livre. L’auteur quant à lui bénéficie d’un pourcentage sur les ventes tel que stipulé par le contrat signé entre les deux parties : c’est ce que l’on nomme les droits d’auteurs. Donc la confection du livre, sa vente sont en principe à la charge de l’éditeur : c’est ce qui est convenu de nommer l’édition à compte d’éditeur. Cependant, il existe une autre formule : c’est l’édition à compte d’auteur. L’auteur participe, dans ce second cas, au financement de la production de son livre. Le livre lui appartient, il lui revient d’en faire la promotion et d’assurer sa vente. C’est ce second cas de figure qui prime chez nous en Algérie depuis la disparition de la défunte SNED.
En effet, rares sont les maisons d’éditions chez nous qui oseraient prendre le risque de financer un livre surtout pour les auteurs débutants. Quelle que soit la teneur du manuscrit, les éditeurs exigent de l’écrivain de payer rubis sur ongles le coût de la confection du livre. Ce qui donne ce spectacle lamentable et ahurissant : des écrivains trimbalant leurs livres dans des cartables essayant de les vendre à qui veut bien les acheter. Image dégradante à plus d’un titre ! «Nous sommes conscients qu’éditer à compte d’auteur est une arnaque, nous dira un auteur, mais avons-nous vraiment le choix ? C’est ou bien ça ou bien pas de livre ! Personnellement malgré une frustration, je me dis au moins que mon livre est sorti ! Sinon en vérité comme tout auteur, j’aurais aimé que mon livre soit édité selon les normes en vigueur dans le monde de l’édition. C’est-à-dire après approbation d’une commission de lecture du manuscrit proposé et selon un contrat dument signé entre l’éditeur et nous, le livre pris en charge totalement par la maison éditrice de l’œuvre. Hélas tel n’est pas le cas ! Bon gré mal gré je suis obligé si je veux donner jours à mes manuscrits, d’éditer de ma poche et de faire du porte-à-porte pour ne serait-ce que récupérer la somme investie dans la production du livre. En général, tirer 1000 exemplaires d’un livre de 160 pages coûte la modique somme de 80 000 DA.»
Le cas est encore plus compliqué quand il s’agit d’un livre en tamazight. Rares sont, en effets, les éditeurs qui acceptent ce genre de manuscrits. Les principaux éditeurs en langue Tamazight sont domiciliés soit à Tizi-Ouzou soit à Bejaia. Leur capacité de production est limitée. Généralement, 5 à 6 titres par année. Alors que le nombre de manuscrits en attente d’édition est volumineux. «On peine à voir nos livres sur le marché», nous avouera cet autre romancier qui écrit dans la langue de Si Mohand Ou Mhand et qui ajoute : «Même à compte d’auteur parfois, il nous faut patienter deux voire trois années pour que le livre voie le jour. Cela freine notre élan, nous décourage et tue même en nous l’envie d’écrire !» Pourtant à faire le tour de ce qui s’édite dernièrement, beaucoup d’œuvres, (romans, nouvelles, recueils de poésie et même des adaptations en kabyle d’œuvres universelles), mérite un meilleur sort si elles étaient réellement prises en charge par des éditeurs professionnels. Hélas, et selon l’aveu de plusieurs auteurs qui ont pu éditer leur manuscrits, tel n’est pas le cas. Cependant, d’autres voies semblent s’offrir au livre amazigh : c’est l’édition en ligne. En effet avec l’avènement du Net, beaucoup de maisons d’éditions offrent une autre formule en décalage par rapport à l’édition classique ou à l’édition à compte d’auteur : il s’agit de l’autoédition. Ces maisons prolifèrent sur la toile. A titre d’exemple, on peut citer les plus connues : les éditions «Lulu», «les éditions du Net», «Ebook édition». Chez ces éditions en ligne, la formule est simple : il suffit à l’auteur de choisir une de ces maisons et de suivre les instructions de l’éditeur pour qu’en quelques clics, il voit devant ses yeux ébahis son livre mis en pages et commercialisé immédiatement sur les réseaux de vente qui pullulent sur la toile ; à l’image du site dédié à la vente du livre «Amazon». Beaucoup d’auteurs kabyles ont eu recours à cette voie pour donner existence à leurs travaux. On peut en citer à titre d’exemple Uccen Marzuq qui a édité chez «Lulu- édition» le roman «Ussan-nni» et «Ccfawat n weɣyul». Mourad Irnaten qui a édité deux recueils de nouvelles, l’un intitulé «Di lǧerra-k ay awal», l’autre «Izlan n yiḍ» et un roman intitulé «Madrus». Ce phénomène prend de plus en plus d’ampleur car la formule proposée est simple et n’engage à rien. «C’est vrai que cette option en elle-même est limitée du simple fait que la vente se fait en ligne. Pratique non encore connue ou peu développée dans notre pays. Néanmoins, grâce à cette édition en ligne (autoédition), nous donnons corps à nos écrits, de la visibilité et une présence sur les grands sites de ventes du livre. Faire figurer un livre écrit en tamazight dans ces plates-formes mondiales du livre est une sorte de victoire pour notre culture et une satisfaction morale pour les auteurs kabylophones», résumera pour nous la situation un des auteurs ayants choisi cette forme d’édition. La plupart des auteurs questionnés sur le sujet, souhaitent que nos éditions locales s’ouvrent sur le marché du net, et proposent des ventes en format Ebook ou PDF du livre. D’aucuns souhaitent aussi le développement de ce que l’on nomme ailleurs les éditions palliatives : c’est-à-dire des éditions qui éditent à compte d’éditeur selon la demande. Ces éditions assurent la mise en page de l’ouvrage, sa promotion ainsi que sa distribution, mais ne font pas de grand tirages. Celui-ci se fait au fur et à mesure que les commandes du titre arrivent. Selon bon nombre d’auteurs, cette formule est attrayante, d’un côté l’auteur publie et bénéficie de ses droits d’auteurs, d’un autre côté l’éditeur n’édite que le nombre de livres commandés. Plus la promotion est bien faite, plus le livre se vend à la grande satisfaction et de l’éditeur et de l’auteur puisque tout le monde gagne via cette option. Quoi qu’il en soit, de l’avis général, le Net est une chance inouïe pour le livre amazigh, une chance qu’il revient aux auteurs d’exploiter à fond pour un essor de la littérature amazighe.
A.S Amazigh

