La Dépêche de Kabylie : Votre uvre est dense et foisonnante comme la nature qu’elle prend pour objet. De combien de tableaux se compose-t-elle ?
Fatima Zohra Beggar : Je ne peux pas donner de chiffre précis. Mais je crois pouvoir affirmer que j’ai peint plus d’une soixantaine de tableaux. Au-delà d’un certain nombre, vous savez, on cesse de compter pour ne se concentrer que sur l’essentiel en art, la création.
à quel courant pictural vous rattachez-vous ?
Comme vous pouvez le voir, je pratique l’art abstrait et l’impressionnisme. Ce sont les deux écoles auxquelles adhèrent mon cœur et mon âme. Mais je serais en peine de dire lequel de mes tableaux relève exclusivement de l’un ou l’autre des deux courants. Il me semble que chacun est un doux mélange des deux. Cependant, j’ai un penchant manifeste pour l’impressionnisme. C’est la raison pour laquelle, peut-être, l’observateur ou le critique d’art, en considérant mon œuvre, décèlerait-il plus d’ «impressions» que d’ «abstractions» dans mes toiles.
Quel est le maître impressionniste ou abstrait dont vous vous inspirez le plus dans votre travail ?
J’ai déjà dit mon attachement profond pour l’impressionnisme, ce courant apparu au 18ème siècle et qui a connu son essor au 19ème siècle. C’est Matisse, Monnet, Manet, Degas et d’autres. J’aime la rupture qu’ils affichaient avec les règles classiques. En maitres révolutionnaires, ils répandaient leurs idées à travers leur peinture. J’ai reçu en héritage une partie de leur enseignement. Et je m’en félicite. Dans quelle mesure j’ai été influencée par eux ? Le regard du public jugera.
Quel regard portez-vous, vous-même, sur votre œuvre ?
Faire ma propre autocritique, c’est ça ? J’en suis incapable. Du moins dans l’immédiat. Le temps me manquerait. Et je ne suis pas sûre d’y arriver. Un tel exercice exige beaucoup d’objectivité. Et l’art reste essentiellement subjectif. Dès qu’on parle de soi et de ses travaux, on devient peu crédible. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai l’impression que je progresse beaucoup. Vous savez que tout art tend vers quelque chose qui s’appelle la perfection, et plus vous aspirez à l’atteindre, plus vous voyez l’objectif s’éloigner de vous. C’est un cheminement sans fin. En revanche, les jugements, les coups de cœur du public sont flatteurs. Et cela m’encourage à persévérer sur cette voie.
Lequel de vos tableaux vous semble approcher le plus de la perfection et pour lequel vous auriez vous-même un coup de cœur ?
Je ne saurais vous le dire… Mon expérience et ma technique m’ont permis d’évoluer vers un art plus simple tout en étant plus expressif, disons plus figuratif. Mais cette évolution ne rompt jamais tout à fait avec un certain art naïf qui est perceptible dans les toiles des plus grands maîtres. C’est pourquoi il me semble que je n’ai pas de préférence marquée pour tel ou tel tableau. Ils me sont tous chers.
Vous dites vos tableaux, mais vous ne leur donnez pas de titres…
C’est pour mieux souligner leur caractère impressionniste. En impressionnisme, surtout, on évoque. On ne peint que ce qui nous paraît fugitif, changeant. Un reflet vague, une impression, plutôt qu’un objet précis comme dans le réalisme. Si je m’amusais à donner un titre, je m’inscrirais en faux avec cette approche essentielle en art abstrait ou impressionniste.
Vous êtes de toutes les expositions, ou presque. Vous verrait-on un jour au Maroc, en Tunisie et pourquoi pas en France, par exemple ?
Je n’ai pas encore décidé. Mais l’idée de faire connaître ma peinture au-delà du territoire national m’effleure quelques fois. Laissons-la murir. On a le temps.
Aziz Bey

