Une école baptisée Taous Amrouche

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La municipalité de Saint Denis, en région parisienne, a procédé jeudi dernier à l’inauguration d’une école élémentaire baptisée au nom de Taous Amrouche.

Ce nouveau groupe scolaire, sobre et fonctionnel, est une réalisation architecturale bien adaptée aux besoins des enfants. Elle offre sur un même espace une école élémentaire, une école maternelle, un centre de loisirs et un gymnase. Pour Didier Paillard, le maire de Saint Denis, qui a présidé la cérémonie, il s’agit là «de la reconquête humaine d’un territoire pour un meilleur vivre ensemble». Pour lui, «la municipalité souhaite donner aux élèves et professionnels un cadre de vie, de travail et d’apprentissage de qualité pour un bon épanouissement des enfants avec un équilibre entre le temps scolaire et les moments de loisirs». Ce quartier de la Plaine, en pleine mutation, s’inscrit dans le cadre du projet du Grand Paris, la ville évolue dans la mixité de ses activités et de son identité multiculturelle. Ce qui corrobore le choix des noms donnés à cette nouvelle structure éducative. L’école maternelle est baptisée Courdouan qui évoque Cordoue en référence à la Petite Espagne, le nom que portait La Plaine où émigrèrent beaucoup d’Espagnols. «C’est aussi un hommage à la communauté espagnole qui a tant apporté à la réputation de la ville», a souligné le maire. «Le nom de Taous Amrouche est un bon choix pour l’école élémentaire. Elle a été une femme créative à l’image de Saint Denis, car en avance sur son époque. Cette artiste kabyle d’expression française était féministe et militante de la culture kabyle engagée. Elle s’exprimait aussi bien dans la chanson que dans la littérature», dira-t-il. Pour expliquer le choix du nom de Taous Amrouche, le maire souligna: «C’est aussi une manière de rendre hommage à la communauté kabyle si importante dans l’histoire, le présent et l’avenir de Saint Denis». Le hasard a voulu que dans cette cérémonie, l’Espagne est évoquée à cet évènement car il se trouve que dans les années 40, Taous Amrouche a fait un séjour dans ce pays pour faire une recherche sur les survivances berbères. Cette reconnaissance de l’engagement de Taous Amrouche est l’aboutissement d’un travail de terrain mené durant plusieurs années, dans cette localité par les associations qui œuvrent pour la promotion de la culture kabyle, à l’image de Tikli et de la Maison Amazighe que préside Samia, la veuve de Nour Ould Amara qui, de son vivant, avait porté ce projet et milité ardemment pour son aboutissement. La cérémonie de l’inauguration a été aussi l’occasion d’assister à une danse de flamenco présentée par une troupe espagnole et d’écouter quelques chants du répertoire de Taous Amrouche, interprétés par Azal Belakadi. À noter que Saint Denis est la seconde ville en région parisienne après Aubervilliers, toujours dans le même département de la Seine Saint-Denis, à baptiser une école au nom de Taous Amrouche. À Paris, dans le 20e arrondissement, c’est un espace culturel qui porte également le nom de l’écrivaine. Marie-Louise dite Taous Amrouche est née le 04 mars 1913 à Tunis. Elle était la fille de Fadma At Mansour Amrouche, auteure du livre autobiographique Histoire de ma vie et la sœur de Jean Mouhoub Amrouche, auteur de l’éternel Jugurtha. Taous Amrouche était une artiste et première romancière kabyle d’expression française. Elle était une grande interprète de très anciens chants traditionnels qu’elle a sauvés de l’oubli. Elle a participé à la création de l’Académie Berbère, Agraw Imazighen, avec un groupe de berbéristes dont Muhend Arav Bessaoud. C’est au domicile de Taous Amrouche, à Paris, que cette académie a vu le jour le 14 juin 1966. Taous Amrouche est décédée le 2 avril 1976 à Saint-Michel l’Observatoire, une commune française située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle laisse derrière elle des œuvres littéraires, comme Jacinthe noire, roman, 1947; Le Grain magique, recueil de contes et de poèmes, 1966; Rue des tambourins, roman, 1969; L’Amant imaginaire, roman autobiographique, 1975. Mais également des œuvres discographiques, comme Chants berbères de Kabylie, 1967; Chants de l’Atlas, 1971; Chants espagnols archaïques de la Alberca, 1972; Chants berbères de la meule et du berceau, 1975.

De Paris, Tahar Yami

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