Le parcours de la littérature amazighe en question

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Invité à l’occasion de la 6e édition du Salon du livre organisé par le comité culturel local, l’écrivain Youcef Merahi a animé, avant-hier, à la bibliothèque communale, une conférence autour du thème «Le parcours de la littérature amazighe».

D’emblée, le conférencier se posera la question suivante : Comment définit-on la littérature ? Et de répondre tout d’abord par cette définition : «Pour ma part, la littérature est l’expression d’un être social à l’intérieur d’une société». Puis il s’interrogera encore : «c’est quoi la littérature amazighe ?». Certains diront, expliquera-t-il, que «c’est celle écrite uniquement en tamazight dans toutes ses variantes». «Est-ce qu’Apulée de Madaure, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Boulifa… c’est-à-dire, tous ceux qui ont écrit dans d’autres langues font partie de cette littérature ?», questionnera-t-il l’assistance. «Indubitablement, c’est oui. Je dirais que la littérature amazighe est aussi la civilisation, la culture, le cinéma, la science, le mode de vie dans la société les traditions. C’est aujourd’hui, hier et demain …», répondra l’invité de Tizi-Gheniff. Pour M. Merahi, tous ces aspects devraient être pris en compte parce qu’ils sont des pans et des vecteurs indissociables de cette littérature. Dans cette dernière, ajoutera l’intervenant, il y a aussi la traduction. Il donnera, d’ailleurs, l’exemple du film «l’Opium et le Bâton», de Mouloud Mammeri tourné en film. Il remarquera qu’il y a des écarts dans toute traduction, notamment entre le livre et le film. Dans son exposé ô combien pédagogique, l’ex-président du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) reviendra sur l’importance de la poésie dans cette littérature qui a été pendant des siècles, orale. «La société kabyle est une société de verbe. Dans chaque village, il y a un poète. Ce sont des ciseleurs de mots. C’est aussi là le fond de cette littérature. Un trésor qu’il faudra exploiter et sauvegarder. La modernité a besoin de ce vecteur», enchaînera-t-il. Ensuite, il se penchera sur le problème de l’édition. Aujourd’hui, constatera-t-il, si des ouvrages sont édités en tamazight, ce n’est que grâce à certains éditeurs qu’il faudra saluer et encourager.

Quel lectorat pour Tamazight aujourd’hui ?

M. Merahi abordera dans ce sillage le lectorat. «Toute génération de lecteurs a ses propres besoins. Donc, qu’en est-il aujourd’hui du lectorat en tamazight ?», s’interrogera l’orateur. Il considèrera aussi que chaque génération a ses besoins et son regard sur cette littérature. Il appellera de cette tribune à ce que tout soit fait pour sauver cette littérature de la disparition, notamment la poésie et tout ce qui est oral. «C’est un problème de survie parce qu’il y a deux morts : une mort physique et une mort symbolique. C’est cette dernière qui nous concerne le plus», dira-t-il. C’est aussi là lancera-t-il, un moyen de s’identifier par rapport à l’Autre. «On doit le faire avec des écrits, de la technologie, de la science… Le progrès technologique induit la paresse intellectuelle. Mais, si nous savons utiliser ce progrès, nous nous imposerons devant cet ‘’Autre’’, sinon ce sera une mort symbolique pour nous les Imazighen». Le conférencier conclura par cette phrase : «La littérature est l’expression totale de la vie». Un débat a ensuite été ouvert. De nombreuses questions ont été clarifiées avant que Youcef Merahi ne dédicace ses ouvrages, notamment «Mémo de Kabylie» paru aux éditions Anep. «Cette publication est à la fois une pertinente éphéméride, une ébauche d’encyclopédie culturelle de la Kabylie et une réserve d’archives», comme l’a écrit le docteur Youssef Nacib dans sa présentation.

Amar Ouramdane

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