Le directeur de wilaya de la pêche évoque l’incident d’Azeffoun et d’autres sujets relatifs à son secteur.
La Dépêche de Kabylie : Avant-hier la daurade a envahi la plage d’Azeffoun. Le fait en a surpris plus d’un…
M. Belaid Abdelhafid : En se qui concerne le phénomène observé hier au port d’Azeffoun, cela n’est pas un fait nouveau. Il s’est déjà produit même si les causes sont différentes. Cette fois ça s’est produit au niveau de la ferme aquacole d’un particulier, Djeladj Larbi. Ce dernier pocède 24 cages flottantes d’élevage. D’ailleurs, sa ferme est la première réalisée au niveau nationale. Pour le problème en question, il arrive que le filet de la cage se déchire, et c’est ce qui s’est passé hier. La daurade à une particularité : c’est qu’elle ronge le filet, et quand elle arrive à faire un trou dans la cage, elle s’échappe à grandes quantités. Une cage peut contenir jusqu’à 50 tonnes de poisson. Comme ce dernier est un poisson d’élevage, il se dirige droit au rivage. Dans ce genre de situations, les plongeurs s’occupent de recoudre le filet et juguler le problème. Il y a eu un phénomène plus grave qui s’est produit les années précédentes, il s’agissait d’un virus qui a atteint le poisson sauvage. En tout cas le poisson est cette fois sain. Mais je tiens à signaler que c’est une perte pour le promoteur, et nous sommes désolés pour lui. Cela dit c’est à lui de prendre des mesures pour régler le problème.
Quelle est la capacité de production de cette ferme ?
Il y a 24 cages flottantes d’élevage. La capacité de production de cette ferme est de 1200 tonnes par année.
Et si on parlait de la production du poisson au niveau de la wilaya…
Au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou, nous produisons 1500 tonnes de poisson par année, pas plus. La moyenne de la production nationale est de 100 000 tonnes. Nous péchons 1.5% de la production nationale. Je parle là du poisson sauvage.
Pourquoi ce chiffre trop bas de production selon vous ?
Le plateau continental du sud de la mer méditerranée est très étroit et accidenté. A Tizi-Ouzou, c’est encore plus. Donc c’est rocheux et très profond. Pour ce qui est de la flotte, on a beaucoup de bateaux de pêche. Nous avons 240 bateaux. Les grands bateaux qui font les grosses prises sont dans les autres wilayas. Ces derniers ne peuvent pas pécher chez nous à cause de la profondeur. Dès qu’on sort un kilomètre du port, on atteint les 1500 m. en plus du fait que nous ne procédons pas de fonds chalutables. On a une à Sidi Khelifa ciblée par plusieurs chalutiers en été mais tout au long de l’année, ces derniers ne travaillent pas. On a peu de sardiniers aussi. A Tizi-Ouzou, notre spécialité est les petits métiers qui pêchent partout. Il utilise des engins de pêche passifs. Ils pêchent du poisson blanc, mais leur production est très faible. De ce fait, la particularité à Tizi-Ouzou, c’est que nous n’avons pas de grosse production.
C’est ce qui explique peut-être la cherté du poisson ?
Cela n’explique pas la cherté du poisson. Pour preuve, à Sétif qui n’est pas une wilaya côtière, le poisson est vendu parfois moins cher qu’ici. Les prix sont équilibrés à travers le territoire. Les producteurs ne sont pas forcément ceux qui commercialisent. Le marché du poisson est libre. Le plus grand marché d’ailleurs du poisson est à Setif. Donc, la cherté n’est pas la faute des producteurs bien que parfois je reconnaisse l’existence de spéculation. La cherté du poisson est cyclique, il y a des périodes où la production baisse comme en hiver quand les conditions climatiques sont difficiles. Puis ce produit a suivi aussi l’inflation générale. Il faut signaler que la demande au niveau national est de 200 000 tonnes alors que nous produisons que 100 000 tonnes. Donc, on a un déficit.
Quelles sont les mesures prises pour remédier à ce déficit ?
Le ministère de tutelle a pris la décision de tracer un programme pour juguler ce problème. Juste pour précision, le problème est mondial, les stocks en mer ont diminué. Maintenant la tendance est à l’aquaculture. Donc ce programme qu’on a nommé «Aqua-pêche 2020» est validé par le conseil des ministres. Nous devons normalement produire les 100 000 tonnes manquantes sur le marché à travers l’Aquaculture.
On en est où avec ces projets au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou ?
Justement au niveau de la wilaya, nous prévoyons d’installer 10 à 15 fermes aquacoles pour booster notre production de 1000 tonnes à 10 000 tonnes d’ici 2020. Actuellement, nous avons attribué six concessions pour six projets de fermes aquacoles au niveau de Tigzirt. Nous avons deux zones d’activité aquacoles : une au niveau d’Iflissen de deux hectares, une autre à Mizghana qui est de 15 hectares. Nous avons beaucoup de dossiers en études.
Qu’en est-il des fonctionnelles, elles sont combien ?
Une au niveau d’Iflissen vient de commencer, et celle d’Azeffoun. L’avantage c’est que ce sont des particuliers donc ils ne sont pas touchés par la restriction budgétaire. Mais l’accompagnement de l’Etat est là on leur facilite tout. Toutes les mesures ont été prises pour faciliter l’investissement dans le secteur.
Entretien réalisé par Kamela Haddoum.

