Slimane Hachi parle d’anthropologie

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Slimane Hachi, directeur du Centre national de recherches préhistoriques anthropologiques et historiques (CNRPAH), était hier l’hôte de la Radio de Tizi-Ouzou. Il a été le premier invité dans le cadre du Forum nouvellement lancé donc et où le concerné a eu à débattre de la situation du patrimoine matériel et immatériel de l’Algérie. D’emblée, le Professeur Hachi a insisté sur la préservation du patrimoine et son intérêt pour la mémoire collective et l’identité des Algériens. Revenant sur la période où la population a perdu de vue son passé, son présent et même son avenir, cette décennie décrite comme la décade noire a fait de l’algérien un être n’ayant ni racine, ni religion parce qu’il vivait une autre, faite de sang, de larmes et d’afflictions. En 2003, l’Algérie a envoyé des experts, conduits par Mohamed Bejaoui, à l’UNESCO pour signer la convention, comme premier pays ayant ratifié cette loi internationale et par delà participé à la culture du Monde. «Nous avons commencé par l’ «Ahellil du Gourara» qu’avait abordé en premier Mouloud Mammeri en 1970 et ensuite Rachid Bellil dans les 80. En classant l’ «Ahellil du Gourara» au patrimoine de l’humanité, on a classé du même coup Mouloud Mammeri. Puis le classement de «Erkab» (Fantasia) des Ouled Sidi Cheikh , où le partage, la convivialité, et la solidarité rassemblaient les Algériens de plusieurs contrées. Grâce à l’inscription de ce concept, «Erkab» a pu rassembler plus de 1100 cavaliers. Nous avons ensuite proposé à l’inscription de la «Sbeiba de Djanet» le jour de l’Achoura, où les tribus touarègues mimaient la guerre pour ne pas la faire. A l’origine la «Sbeiba» était «Turalin usegwass» le retour de l’année et puis, elle a pris la connotation religieuse qu’on lui connaît de nos jours. Après, nous avons réussi, en collaboration du Mali et du Niger, à inscrire au patrimoine de l’humanité «l’Imzad», cet instrument monocorde qu’utilisaient les femmes touarègues.» Slimane Hachi a fait savoir que le CNRPAH propose à la reconnaissance le couscous, «Tegtar», la distillation de bigaradier et de pétales de rose à Constantine et du Raï, bien que ce dernier soit aussi revendiqué par le Maroc, et «Kiyalin el maa», les mesureurs d’eau, pour irriguer les plantations, les palmeraies dans les régions sud algériennes, et l’ «achwiq», les complaintes et le chant des femmes kabyles. Interrogé sur la protection du patrimoine, en l’occurrence les peintures et gravures rupestres des grottes d’Ifigha, l’état lamentable du cadavre de la grotte du Macchabée, les allées couvertes d’Ath Rhouna, Slimane Hachi a répondu qu’il «faudrait faire réapproprier le patrimoine par le peuple et on saura le sauvegarder grâce à la société civile, aux écoles et à la population». Ce premier forum a été une réussite avec le modérateur de talent qu’est Arezki Azzouz.

Sadek A. H.

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