Une catastrophe à ciel ouvert

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Grenier d’eau potable qui alimente depuis la nuit des temps la plus grande partie de la population de Kabylie (80%), et qui irrigue toutes les cultures de la vallée de la région, l’Oued Sébaou est devenu, ces dernières années, une décharge publique à grande échelle, au su et au vu de tout le monde. Une catastrophe à ciel ouvert qui menace la population, les animaux et la culture. Au nom du développement industriel qui ne soucie guère de la pollution de l’environnement, associé à une irresponsabilité, voire une complicité des citoyens, nous assistons, au fil du temps, aux différentes actions de destruction de la nappe phréatique et de la ressource par une asphyxie des eaux souterraines par l’implantation d’unités industrielles le long des rives de l’Oued Sébaou, une agriculture à proximité du lit d’oued, la destructions des arbres (Eucalyptus) servant de consolidation et protection des terres longeant le lit d’Oued Sébaou, le vol de gabionnage servant de protection des rives et ouvrages hydrauliques (forages)… Mais le danger le plus apparent qui a mis l’Oued Sébaou en agonie est sans conteste l’extraction massive, abusive et en profondeur des sables et alluvions d’oued (couches filtrantes des eaux souterraines), à cela s’ajoute, évidemment, le rejet des eaux usées des villages sans épuration. Et la liste des actions nuisibles à l’oued est loin d’être exhaustive. En l’absence d’une politique fiable et adéquate de la part des autorités concernées à même de préserver, un tant soit peu, la nappe phréatique, aujourd’hui, l’Oued Sébaou est transformé en un estuaire d’eaux usées et un lit de tous les détritus de la Kabylie qui affiche une physionomie apocalyptique et méandreuse, où l’eau souterraine a subi un tarissement drastique. Les pouvoirs publics auraient participé à une politique objective et sévère en mettant en œuvre tous les moyens nécessaires et application stricte des dispositifs réglementaires pour la pérennisation de cette ressource fossile, fondamentale pour la population de la Kabylie. Cette situation désastreuse a été signalée à maintes reprises par la direction de l’hydraulique de la wilaya de Tizi-Ouzou et un arrêté du wali interdisant l’extraction et la transformation de tout-venant et la fermeture des sablières de l’Oued Sébaou a été signé. Il est illusoire de croire encore au patrimoine hydrique le long de ce Oued d’envergure. L’homme a réussi à détruire en l’espace de quelques années ce que la nature a produit pendant des siècles durant, d’une valeur inestimable, par le laisser-aller des pouvoirs publics et la complicité des citoyens qui ont laissé les meutes de pelles baladeuses et des engins de tout calibre pour venir à bout de toute vie le long de l’Oued Sébaou, d’une longueur estimée à 100 km.

Hocine Moula

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