«Nous sommes carrément oubliés par les autorités locales, comme si nous n’habitons pas la même planète». C’est par ces paroles qui cachent un profond sentiment d’injustice que Hafid, président du comité du village Isvikhen, dans la commune de Toudja, déplore «l’indifférence totale» des responsables locaux à l’égard des souffrances des habitants de cette localité.
Sis sur une colline surplombant la mer méditerranée, du coté du littoral ouest, le village Isvikhen est un véritable «jardin d’Eden» laissé à l’abandon. Bien que disposant de terres fertiles et de sources d’eaux abondantes, ce village est, malheureusement, laissé en marge du développement local. «Notre localité est riche en terre arable et sa population, composée en majorité de jeunes, est animée d’une bonne volonté pour travailler la terre de ses ancêtres. Nous demandons juste son désenclavement par l’aménagement de la piste la reliant à la RN24 sur une longueur de 3 kilomètres», a affirmé notre interlocuteur. Cette piste, souligne-t-il, existe depuis 1988, mais elle a subi les aléas de la nature par manque d’entretien. Ainsi, les citoyens d’Isvikhen demandent, en premier lieu, le nettoyage de cette route à l’aide d’un bull pour la rendre carrossable, et l’installation de buses sur 40 mètre linéaires pour l’évacuation saine des eaux de pluies. «Franchement, nous ne sollicitons pas grand-chose. Nous demandons essentiellement à ce que la piste, donnant accès à notre village, soit praticable pour que nous puissions y accéder facilement», a déclaré Hafid, résidant actuellement à Béjaïa, mais qui aspire vivement revenir habiter la terre de ses aïeux. «Isvikhen est un beau village, entouré d’une nature riche et diversifiée. L’air y est pur. Il a une belle vue sur la grande bleue. Pour si peu d’efforts à fournir, l’APC va nous rendre un service gigantesque», affirme notre interlocuteur, hâte de retourner à la terre de ses origines.
«On ne demande pas la lune !»
L’autre souci des habitants d’Isvikhen est l’alimentation en eau potable. Sur ce point, aussi, la solution n’est pas compliquée et elle est à la portée des services de la commune de Toudja. «Notre village recèle de sources d’eaux abondantes qui coulent à longueur de l’année. Des fontaines y existent déjà. Il suffit juste de les nettoyer et les restaurer», soulignent les villageois d’Isvikhen. Ces derniers considèrent leur exclusion du développement local comme une «ingratitude» envers tous les grands sacrifices consentis par les ancêtres du village, lors de la guerre de Libération nationale. «Nos parents nous racontaient que le colonel Amirouche se sentait en confiance dans notre village. C’est l’endroit où il se déchaussait avec quiétude. Un jour, il a annoncé aux villageois d’Isvikhen, qui lui ont manifesté une hospitalité inaltérable, que s’il survivait à la guerre de Libération, il ferait de ce village un endroit prospère. Malheureusement, il est mort en martyr avant l’Indépendance», regrette Hafid. En effet, le village Isvikhen a payé un lourd tribut durant la Révolution. Refuge des moudjahidines, il a été pilonné depuis la mer. Aujourd’hui, Hafid ne perd pas l’espoir de voir son cher village renaître de ses cendres et prendre part au développement local. «Nous ne perdons pas courage de voir bientôt notre village désenclavé et doté de commodités essentielles, pour une vie décente. Je dirai à l’actuelle APC de Toudja que la mémoire collective retiendra si elle collabore, vraiment, au développement de notre village, en commençant par l’aménagement de la piste le reliant à la RN 24 et en restaurant les fontaines d’où les habitants s’approvisionnent en eau potable», a indiqué le porte-parole d’Isvikhen. Pour les autres doléances, à savoir le gaz de ville, l’éclairage public et l’internet, les villageois savent que cela prendra un peu plus de temps, mais ils ne désespèrent pas pour autant. «Qu’on nous règle d’abord le problème de la route et de l’eau, afin que nous puissions rentrer dans nos propriétés et rebâtir notre village», a conclu Hafid qui attend une réponse concrète de la part des autorités municipales de Toudja.
Boualem Slimani

