On les croyait oubliés et délaissés, mais ils finissent, on ne sait par quelle heureuse divination, par refaire surface. Il s’agit des petits métiers artisanaux, qui, de nos jours, sont devenus rares et presque aucune relève n’est assurée, du moins on a cette impression. Ces métiers sont de plus en plus désertés, surtout en Kabylie, à cause de l’industrialisation tous azimuts et surtout de l’importation qui a « tué » le produit artisanal local. Néanmoins, certains artisans résistent vaille que vaille à cette nouvelle donne en travaillant dans leurs ateliers contre vents et marées. Tirant une petite charrette avec un effort soutenu, un jeune, la vingtaine, déployait sa gorge en face des passants afin de leur proposer des bassines en bois fabriquées artisanalement. Ces ustensiles, très résistants au demeurant car fabriqués avec le bois du frêne, servent à la préparation, entre autres, du couscous et de la galette. Ce marchand ambulant a sillonné un bon nombre d’artères de la ville de Tazmalt pour vendre ses produits. Il dit venir de la wilaya de M’sila où ce genre d’activité est encore exercé. « Nous fabriquons encore les bassines en bois chez nous à M’sila comme auparavant. Ce sont des objets très demandés par les ménagères. Je propose ces bassines entre 2500 et 3000 dinars, selon le volume », affirme succinctement ce jeune marchand ambulant qui devait encore parcourir d’autres rues pour espérer pouvoir écouler sa marchandise. Pour leur part, les confectionneurs et réparateurs de tamis font leur apparition, de temps à autre, dans les localités de la vallée de la Soummam, et ce afin de réparer les tamis usagés et de vendre ceux qui sont confectionnés par leur soin. Cet accessoire n’a pas perdu, malgré la modernisation, sa cote parmi les « sasseuses » de la semoule et les « rouleuses » de couscous, car il est toujours utilisé. Dans certaines familles, le tamis est comme un héritage passant de mère en fille jusqu’à devenir un véritable patrimoine familial qu’on devait garder jalousement tout en le rafistolant le cas échéant pour servir encore plus longtemps. Ainsi, les confectionneurs de ces ustensiles se manifestent, de temps à autre, pour tenir un coin et y travailler. Avec des outils rudimentaires, ils adhèrent les cercles tout en cloutant des treillis aux rebords des bandes en bois. Les tamis fabriqués artisanalement sont cédés en moyenne à 100 dinars l’unité. Un prix symbolique pour un métier très dure !
Les couteaux du désert
Ils nous viennent du sud du pays avec leur savoir-faire ancestral. Eux, ce sont les fabricants de couteaux artisanaux. Très affables et courtois, ce qui en dit long sur le tempérament très humaniste des gens du sud, ces artisans installent de petites huttes dans des coins de la rue. Munis de bonbonnes de gaz butane, de chalumeaux, d’enclumes, de limes et de martelets, ces fabricants, en plus d’aiguiser les couteaux, les couperets, les poignards et bien d’autres, fabriquent des couteaux, des coutelas et des poignards manuellement avec une dextérité peu commune. Les produits exposés par leur soin sont vraiment époustouflants, dénotant d’un savoir-faire hors du commun qui nous vient des fins fonds du sud algérien. Toujours souriants et affectueux, ces artisans vous vendent leurs produits non sans vous céder quelques dizaines de dinars comme « cadeau » du sud ! Avec eux, vous pouvez vous servir, encore plus longtemps, de vos casseroles, poêles ou marmites. Ce sont les réparateurs des ustensiles de cuisine, qui sillonnent les villes situées dans la vallée de la Soummam. Ils rafistolent surtout les bras bousillés des appareillages cités précédemment. Ainsi, au lieu de jeter, par exemple, la casserole défectueuse et d’en acheter une autre, ces réparateurs lui donnent une seconde vie en lui « greffant » un nouveau bras à de petits prix. Et c’est idem pour les poêles, les marmites et tous les autres ustensiles à bras. Ce sont là quelques-uns de ces métiers qui « refusent » de disparaître sous « les coups de boutoir » de la modernité. Ils résistent encore à l’usinage et à l’industrialisation des ustensiles de cuisine notamment, tout en sachant, pour ces artisans, que les ménages auront toujours besoin de leurs produits qui relèvent, de nos jours, beaucoup plus du patrimoine matériel que de l’artisanat !
Syphax Y.
