Les prix des voitures d'occasion ne connaissent pas de fléchissement. Paradoxe : la baisse de la demande, conjuguée à une hausse des prix des véhicules neufs, fait régulièrement augmenter la valeur de «l'occasion».
Véritable plaque tournante, comme l’indiquent les plaques minéralogiques des véhicules, le marché automobile d’Akbou attire des vendeurs et acheteurs de nombreuses wilayas, telles M’sila, Boumerdès, jijel, Bouira Alger, Tizi-Ouzou, Sétif, Bordj Bou Arreridj… L’un des plus fréquentés du pays, le marché grouille de monde, chacun est à la recherche d’une affaire rare. Aussi bien ceux qui vendent comme ceux qui achètent. Un tour dans les lieux renseigne sur la température qui a, faut-il le souligner, pris des envolées. Les prix ont atteint des cimes sans précédent, suite à la flambée des prix des véhicules neufs, due à leur indisponibilité, provoquée par la mise en place du système de licences et de quotas d’importation, en perspective de «l’encouragement» de la production automobile locale. De ce fait, les cours du véhicule d’occasion se hissent à des niveaux vertigineux. Le rétrécissement du marché, induit par les restrictions imposées aux importateurs de véhicules neufs, a pesé de tout son poids dans cette flambée. L’on peut citer l’exemple d’El Harrach avec son souk de vendredi, et Tidjelabine, le jeudi, pour ce qui concerne le Centre. À l’intérieur du pays, il y a le souk de Tadjnent (Sétif) et celui d’Akbou dans la wilaya de Béjaïa. Il faut dire qu’en l’absence de lois régissant l’achat et la vente de véhicules d’occasion, ces points de vente sont dominés par des spéculateurs de tout bord (revendeurs, arnaqueurs, trafiquants) qui dictent leurs propres lois. Ces hommes dominent l’achat et la vente des voitures au niveau des marchés. Et le phénomène prend de l’ampleur depuis plusieurs années. Le paradoxe est qu’aucun critère logique ne préside les fluctuations des prix au niveau des marchés de véhicules d’occasion, si ce n’est l’offre et la demande. Il en ressort que les prix des véhicules de gamme moyenne, comme la Clio, la 206, la Saxo, Maruti, ont enregistré des hausses qui se chiffrent en dizaines de millions de centimes, les voitures françaises étant les plus concernées. Cette variation subite est due aux « négociateurs » qui sont appâtées par le gain facile. Les prix des véhicules d’occasion n’ont pas baissé. Ils se maintiennent à un niveau très haut, même si la demande a largement reculé. «Une partie de la demande est réorientée vers le véhicule neuf qui offre l’avantage de l’accès au crédit à la consommation”, dira un revendeur de véhicules d’occasion au marché d’Akbou dans la wilaya de Béjaïa, convaincu que les prix de l’occasion ne connaîtront pas de baisse en raison de l’inflation et la hausse des prix des véhicules neufs. Le marché des véhicules d’occasion d’Akbou affiche des prix en continuelle hausse depuis quelques mois. En effet, ce marché, qui représentait d’habitude un refuge pour ceux qui ne pouvaient pas accéder au neuf, connaît ces derniers mois une courbe ascendante des prix. Saïd, rencontré sur place, est un jeune de 30 ans. Il se rend depuis des mois au marché des véhicules d’occasion pour acheter une voiture. À force de fréquenter ces lieux, il est devenu expert et connaît les prix de tous types de véhicules. Si un éventuel acheteur le sollicite, il peut même lui conseiller les modèles qui ont la cote. Pour notre interlocuteur, le marché d’occasion n’a pas connu de baisse des prix depuis janvier dernier. «Si auparavant, les gens se dirigeaient vers le marché d’occasion en étant sûrs de trouver leur bonheur à bon prix, aujourd’hui, ce n’est plus le cas, tellement c’est devenu très cher une voiture d’occasion ! La preuve, je me rends depuis des mois à ce marché et je n’ai pas encore trouvé la voiture correspondant à mon goût et à mon budget”, déclare-t-il. Son ami, Samir, renchérit : «On dit qu’il faut s’armer de patience. Pour acquérir un véhicule ‘’potable”, il faut revoir son budget à la hausse, car les cours ne sont pas près de devenir plus cléments». Vendredi dernier, il y avait foule au marché de véhicules d’Akbou, mais point d’acheteurs.
Une Peugeot 301 vendue à plus de 150 millions!
Une Peugeot 301, ayant roulé 143 000 km, a été vendue à plus de 1 500 000 dinars, soit plus chère qu’une neuve. Ce que confirme un acheteur rencontré au marché, pour qui “la Clio, toutes options, mise en circulation en 2006 et qui était cédée pour quelque 700 000 DA aux mois de juin et juillet, se négocie désormais entre 900 000 et 920 000 DA”, a-t-il déploré. Un véhicule d’une marque coréenne année 2007, ayant roulé 75 000 km, y a fait son apparition. Autour de l’acheteur, assailli de questions de toutes parts, pas moins de quatre personnes étaient intéressées par le rachat. L’affaire a été conclue en moins de 20 minutes pour 900 000 dinars. Les prix demeurent toujours hors de portée pour nombre d’acheteurs potentiels qui ne désespèrent pas de dénicher une bonne occasion. Mais la plupart repartent bredouille. D’autres restent pantois un long moment devant les vendeurs avant de quitter les lieux. Un autre exemple, une Peugeot 208 année 2015 et affichant 40 000 km au compteur a été acquise au prix de 230 millions de centimes vendredi dernier, a-t-on appris auprès de l’acheteur. En outre, une Peugeot 206 familiale année 2003 a été acquise à un million de dinars, dit-on. Etant un habitué de ce marché, un citoyen indique que les prix de l’occasion n’ont pas cessé d’augmenter depuis l’été. Ainsi, pour certaines marques, le prix a vu sa cote augmenter de plus de 20 millions, voire 25 millions de centimes. Face à cette envolée, rares sont les voitures qui trouvent acquéreur. Les visiteurs, surpris pour la plupart par cette majoration des prix, préfèrent faire plusieurs tours avant de repartir chez eux bredouille. Interrogés, plusieurs d’entre eux avouent s’être rendus plusieurs fois au marché sans trouver le véhicule qui convient à leurs budgets. Les prix des voitures d’occasion ne connaissent pas de fléchissement. Paradoxe : la baisse de la demande, conjuguée à une hausse des prix des véhicules neufs, fait augmenter régulièrement la valeur du «vieux». Il est vrai que l’on a rencontré, au final, beaucoup plus de revendeurs que de clients réellement intéressés par un véhicule personnel à garder. En somme, au marché de véhicules d’Akbou, l’occasion est presque au prix du neuf.
T. Mustapha.

