L’homme qui fait trembler le Makhzen depuis six mois, Nasser Zefzafi, a été arrêté, hier, par la police marocaine.
Le leader de mouvement «Hirak errif» a bel et bien été arrêté, après six mois de cavale. L’annonce a été faite par une source gouvernementale à l’AFP, a rapporté l’agence. En réaction à cette arrestation, plusieurs centaines de personnes ont manifesté, dans la soirée d’avant-hier, notamment dans la ville natale de Zefzafi, El Hoceima. Par ailleurs, plusieurs rassemblements de solidarité ont été organisés à Nador, Tanger, Casablanca, Marrakech et Rabat, la capitale où,; selon l’agence officielle APS, «300 personnes ont manifesté». Selon toujours la même source, les manifestants d’El Hoceima ont scandé «dignité», «Etat corrompu», «Nous sommes tous Zefzafi». La police s’est déployée sur les lieux pour empêcher les protestataires de manifester. «Après environ une heure de face-à-face sur le boulevard Tarik Ibnou Ziad, les policiers et les 200 à 300 jeunes se sont dispersés sans affrontement», apprend-on. «On ne peut pas faire un pas, les policiers sont partout», a déclaré un militant associatif, qui a signalé la même situation dans les quartiers avoisinants. A Imzouren, en revanche, plusieurs centaines de personnes ont pu manifester selon la même source. Pour rappel, les tensions dans la ville d’El Hoceima ont commencé il y a six mois, après la mort d’un jeune vendeur de poisson, broyé dans une benne à ordure alors qu’il essayait de récupérer sa marchandise saisie par la police. Un tragique incident qui a suscité beaucoup d’indignation. C’est à ce moment-là que le nom de Zefzafi a émergé, au milieu d’une poignée de jeunes qui ont mené le mouvement de protestation «Hirak Errif». Ainsi, le chômeur de 39 ans est devenu le visage de ce mouvement, qui a su mobiliser et gagner la sympathie des Rifains. Vendredi passé, lors du prêche du vendredi, à El Hoceima, l’imam, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, chargeait les protestataires du Rif. Etant présent, Zefzafi a réagi en répliquant à l’imam : «Est-ce que les mosquées sont faites pour Dieu ou pour le maghzen? », a-t-il lancé en s’en prenant à «ceux qui veulent faire capituler le Rif» et aux « étrangers qui viennent violer nos femmes». De suite, un mandat d’arrêt a été lancé contre lui. Il est accusé «d’avoir insulté le prédicateur», «prononcé un discours provocateur» et «semé le trouble». Quant à l’Association marocaine des Droits de l’Homme, elle a affirmé, selon des médias, que c’est «l’insistance» de l’imam à mobiliser les fidèles contre les manifestations qui a suscité l’ire des militants du «hirak» présents, dont Nasser Zefzafi, qui s’est estimé «directement ciblé». Il a échappé à une première tentative d’arrestation, le vendredi même. Les choses se sont précipitées par la suite, avec le mouvement de protestation qui a suivi. Celui-ci a pris de l’ampleur et les revendications se sont étendues à d’autres régions et ont pris dune dimension socioéconomique et même politique. Dans les villes de Khouribga et de Boujniba, des milliers de contestataires ont dénoncé leurs conditions de vie «misérables» et la «Hogra». Zefzafi, selon l’AFP, risque entre six mois et trois ans de prison.
Kamela Haddoum.

