Le deuxième jour du séminaire initié par le Rassemblement pour la Kabylie (RPK), lancé avant-hier au village Arous, dans la commune d’Aït Oumalou, s’est axé sur les aspects purement organisationnels du mouvement. Après avoir épuisé les communications d’ordre technique par la conférence sur l’école et le système éducatif, donnée par Djamel Ikhloufi, ancien inspecteur de l’Éducation nationale, la suite de la deuxième journée est focalisée sur la perspective politique et organisationnelle du RPK. Les axes fondamentaux de la charte d’éthique et des valeurs du RPK, proposés par le Dr Hacène Hireche, ont été lus aux séminaristes. L’orateur a précisé que le texte en question devrait être soumis lors du congrès constitutif du mouvement pour adoption. L’activiste, écrivain et réalisateur Mokrane Gacem a, quant à lui, exposé la stratégie du mouvement telle qu’il la conçoit dans le cadre de l’autonomie régionale de la Kabylie. Une autonomie que le RPK veut qu’elle soit réalisée dans une Kabylie qui gardera «un grand intérêt à la vie nationale et internationale». Et pour se faire, des spécialistes qui ont apporté leurs contributions et points de vue stratégiques au séminaire d’Arous, suggèrent d’adopter des stratégies réfléchies, dictées par la spécificité socioculturelle et socioéconomique de la Kabylie. Des stratégies qui, à bien s’y atteler, bannissent toute forme d’exclusion ou de repli sur soi. D’ailleurs, l’approche linguistique développée par l’enseignant à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, le linguiste le Dr Saïd Chemakh, suggère l’intérêt à opter pour l’universalité dans l’élaboration de la politique linguistique par le RPK. «Il est nécessaire de créer une organisation de ‘l’amazighophonie’ qui s’en chargera de développer la langue et la culture, mais surtout de pouvoir les standardiser pour ne pas les cloîtrer dans l’espace réduit que suggère l’option de l’autonomie de la Kabylie», note le Dr Saïd Chemakh. Et de suggérer de tenir compte de la modernité, notamment avec l’usage de tamazight dans les nouvelles technologies de l’information et des communications, les NTIC, sans pour autant renoncer aux traditions. L’universitaire suggère, par ailleurs, que «le RPK élabore une politique linguistique à la Kabylie, où l’enseignement de tamazight doit être fait dès le préscolaire pour qu’il n’y ait pas de rupture dans le chemin de l’acquisition et d’apprentissage de la langue maternelle». Saïd Chemakh croit savoir que l’option autonomiste des régions passe nécessairement par «l’impératif recréation des anciennes régions (wilayas) historiques et de revoir leurs attributions administratives», comme point nodale qui soit néanmoins suivi par l’aspect économique spécifique à toute région. Sur ce plan, l’économiste Belkacem Boukhrouf estime que la Kabylie peut développer son propre modèle économique dont l’humain est à la fois acteur et centre d’intérêt : «L’homme doit être au centre de la décision économique pour une économie sociale et solidaire», suggère-t-il, se voulant comme exemple le model québécois. En somme, une approche par la compétence individuelle, puisque, explique-t-il, l’individu est «le vecteur principal du développement économique, mais aussi le récipiendaire de celui-ci». Pour le conférencier, la Kabylie doit allier, dans sa quête d’autonomie, la performance économique et la justice sociale qui doivent être traduites par une répartition équitable des richesses et un renforcement des services sociaux.
Mohand-Arezki Temmar.
