Avec ses trois barrages destinés à l’alimentation en eau potable et à l’irrigation agricole, ainsi que cinq grandes nappes phréatiques, la wilaya de Bouira regorge de ressources hydriques qui la placent au centre de l’ambitieux programme national des grands transferts d’eau potable, ainsi que celui des périmètres irrigués. Des projets structurants, dont l’objectif premier est de sécuriser la région en matière d’eau potable et de satisfaire les exigences du secteur agricole. Cependant, et malgré toutes ces richesses et les efforts consentis par les pouvoirs publics, plusieurs régions de la wilaya demeurent mal-alimentées en eau potable, et des cas de pénurie sont régulièrement signalés, particulièrement durant cette période de forte chaleur. M. Habib Boulenouar, directeur des ressources en eau de la wilaya, revient dans cet entretien sur la situation générale de l’alimentation en eau de la wilaya, et les projets en cours et à venir.
La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous présenter, en quelques mots, votre secteur ?
Habib Boulenouar : La direction des ressources en eau (DRE) s’occupe du recensement, de la gestion et de la protection de toutes les ressources en eau potable souterraines et superficielles de la wilaya. Nous sommes aussi engagés sur le terrain, pour la mise en application des programmes publics de l’Etat, ainsi que des projets des autorités locales (wilaya et communes), pour l’alimentation des foyers en eau potable, la mise en place de systèmes d’irrigation, la réalisation de nouveaux réseaux d’alimentation et la réhabilitation de ceux existants, aussi, pour l’installation de nouveaux réseaux d’assainissement et l’exploitation des eaux usées. Au niveau de la wilaya de Bouira, nous nous sommes fixés l’objectif d’atteindre les 100 % de couverture en eau potable.
Quels sont les taux de remplissage des trois barrages de la wilaya actuellement ?
Il faut préciser que deux parmi les trois barrages de la wilaya sont destinés à l’alimentation en eau potable de 5 wilayas en plus de Bouira, les barrages de Tilesdit à Bechloul, et Koudiat Acerdoun dans la commune de Mâala, en l’occurrence. Le barrage d’Oued Lek’hal, dans la commune d’Aïn-Bessem, est quant à lui destiné exclusivement à l’irrigation agricole des plateaux d’Aârib. Le taux de remplissage de ces trois barrages dépasse largement les 65%. Pour le barrage de Koudiat Acerdoun, le plus important, il dispose actuellement d’une quantité d’eau dépassant les 400 millions de m3, alors que sa capacité initiale est de 600 millions de m3. Le taux de remplissage du barrage Tilesdit, est estimé actuellement à plus de 150 millions m3 alors que sa capacité initiale est de 165 millions de m3. Enfin, le taux de remplissage du barrage d’Oued Lek’hal est de 14 millions de m3, avec une capacité initiale de 30 millions de m3. 34 communes de la wilaya de Bouira sont raccordées grâce au système des grands transferts des deux barrages, alors que les projets pour le raccordement de huit communes sont actuellement en voie d’achèvement. Selon nos estimations, ces derniers projets seront opérationnels avant la fin du mois. Ces quantités peuvent satisfaire les besoins en eau potable et d’irrigation de la wilaya de Bouira et des cinq wilayas limitrophes pendant une période de 48 mois.
Et pour les cinq nappes phréatiques de la wilaya ?
La wilaya de Bouira possède cinq nappes phréatiques, recensées au niveau des communes de Bouira, Haizer, El-Esnam, Aïn-Bessem et Dachmia. Certaines de ces nappes sont toujours exploitées pour l’alimentation en eau potable, comme celles de Haizer, ou encore celle de Bouira, qui fournit quotidiennement plus de 8000 m3 d’eau, pour l’alimentation de certaines localités de la commune. La capacité globale de ces nappes dépasse les 50 millions de m3, et actuellement, nous essayons de réduire au maximum la consommation des eaux des nappes.
La wilaya de Bouira a bénéficié de beaucoup d’opérations de raccordement dans le cadre du programme des grands transferts, dont certaines sont toujours en cours. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Cinq communes de la wilaya de Bordj Bou Arreridj sont déjà alimentées à partir du barrage de Tilesdit. Le plus grand transfert reste celui du barrage Koudiat Acerdoun, qui alimente déjà toutes les communes du sud et du sud-ouest de la wilaya de Tizi-Ouzou, 04 communes de la wilaya de Médea et 05 de la wilaya de M’sila. Nous effectuons régulièrement des opérations de lâchées d’eau, pour alimenter Alger via le barrage de Kedarra dans la wilaya de Boumerdès. Pour la wilaya de Bouira, nous avons déjà raccordé 34 communes sur 45, alors que 08 autres communes dont les projets sont en cours seront raccordées avant la fin du mois d’août. Nous avons aussi un projet centralisé au niveau du barrage de Tilesdit, qui consiste en la réhabilitation de la station de pompage, pour renforcer la production pour atteindre une quantité de 72 000 m3 par jour. Nous avons aussi 23 projets de renforcement pour certaines zones d’habitations dans la wilaya, aussi, celui de la sécurisation de la ville de Bouira, qui sera raccordée à partir du barrage de Koudiat Acerdoun au lieu de Tilesdit, avec une quantité de 25 000 m3 quotidiennement. Nous avons aussi effectué des opérations de renforcement, au profit des communes Mâala et Aïn-Turk. En gros, nous tablons sur un taux de raccordement de 96,5% avant la fin de l’année en cours.
Le secteur de l’hydraulique a été sensiblement frappé par les mesures d’austérité décidées par le gouvernement depuis 2015. Ces mesures ont-elles touché cette dynamique ?
Non, le gel des projets a uniquement touché les opérations d’assainissement et non pas celles des transferts d’eau potable, qui continuent à se concrétiser normalement. Pour les projets d’assainissement, nous essayons à chaque fois de trouver de nouvelles sources de financement, généralement des budgets communaux, et nous avons réussi déjà à concrétiser plusieurs opérations.
Avez-vous déjà reçu des offres pour l’investissement et l’exploitation des eaux de la source noire située sur les hauteurs de la commune de Saharidj ?
La source noire, ou Laïnsar Averkan, alimente plusieurs communes, notamment Saharidj, Aghbalou et certaines localités de M’Chedellah. C’est pour cela que nous avons rejeté ces offres d’exploitation ou d’investissement, afin de préserver ce patrimoine. Et pour vous confirmer, nous avons effectivement reçu deux offres de la part de deux grandes entreprises spécialisées dans l’eau minérale, et que nous avons rejetées.
Quel est l’état d’avancement des travaux des deux périmètres irrigués de Sahel et d’Aïn-Bessem ?
La wilaya a bénéficié de deux projets importants d’irrigation, le premier est celui de la réhabilitation du périmètre des Aârib (Aïn-Bessem), et l’autre, celui du Sahel dont une importante partie dessert la wilaya de Bouira. Pour celui d’Aïn-Bessem, dont la superficie dépasse les 2 200 hectares avec une quantité d’eau réservée de plus de 10 millions de m3, les travaux sont en voie d’achèvement, nous avons déjà mis en service plusieurs tronçons. Pour la deuxième opération, pour l’irrigation des terrains agricoles des communes d’El-Esnam, Bechloul, El-Adjiba, M’Chedellah et Chorfa avec une superficie de 5 800 hectares, il enregistre un taux d’avancement appréciable avec la mise en service 3 700 hectares, le reste sera opérationnel dès la fin de l’année en cours.
Lors de la visite de l’ex-wali dans la commune d’Ahnif en juillet dernier, des citoyens ont signalé le manque d’eau potable dans cette région…
La commune d’Ahnif vient tout juste d’être raccordée à l’eau potable via les grands transferts, dans le cadre d’une opération commune entre l’APC et la DRE. Effectivement, les citoyens de cette commune ont signalé certaines insuffisances qu’ils ont observés sur les réseaux de distribution et de transport, et sur instruction de l’ex-wali, M. Mouloud Chérifi, nous avons constitué une commission technique avec le directeur de l’ADE, le maire d’Ahnif et le chef de la daïra de M’Chedellah afin d’étudier ces insuffisances. Nous avons déjà établi plusieurs fiches techniques, notamment pour des extensions des réseaux AEP de deux villages, ainsi que pour le captage d’une source pour le renforcement du réseau.
A Aghbalou, comme chaque année, les citoyens sont confrontés à des pénuries chroniques, malgré l’inscription de plusieurs projets pour cette commune…
Le chef-lieu de la commune d’Aghbalou, est actuellement alimenté à partir de deux forages et plusieurs sources naturelles avec 06 stations de pompage. D’autres villages sont alimentés à partir de la source noire de Saharidj. Cette année, et contrairement aux années précédentes, la situation générale de la commune s’est nettement améliorée après la réhabilitation partielle du réseau AEP, et le renforcement de la production des deux forages. Ils sont donc alimentés en eau, une journée sur deux. Concernant les projets actuellement en cours, la commune d’Aghbalou a déjà bénéficiée de deux projets pour sa sécurisation. Le premier est celui du transfert à partir du barrage Tilesdit, et le deuxième à partir de la source noire. Ces deux projets ont été réalisés mais pas encore mis en service, en raison des oppositions de certains citoyens, propriétaires de terrains. Nous étudions donc toutes les possibilités pour la mise en service de ces deux réseaux, et mettre un terme à ce problème.
Un mot pour conclure…
Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux citoyens des localités concernées par les projets en cours, pour qu’ils soient plus patients et aussi pour qu’ils soient aussi compréhensifs, surtout face aux nombreuses difficultés que nous rencontrons sur le terrain. Je rassure aussi les citoyens de notre wilaya, que nous veillons à la généralisation de la couverture en eau potable, et à l’amélioration de nos services.
Entretien réalisé par Oussama Khitouche

