Il y a de cela 58 ans, jour pour jour (18 août 1959 – 18 août 2017), l’aspirant Saïd Krim tombait au champ d’honneur. En effet, selon des témoignages de ses compagnons d’armes, Saïd Krim, un vaillant combattant de l’Armée de Libération Nationale, était ce jour-là dans une habitation à Imazgharène, dans l’actuelle commune de Frikat, en compagnie d’autres moudjahids. «C’était une réunion de chefs de secteurs. Soudain, les combattants furent encerclés par les soldats français. Aux environs de huit heures et trente minutes, l’accrochage dura deux heures de temps. Si Saïd avait pris position dans l’ouverture d’une fenêtre, il fut touché par une balle et tomba en martyr les armes à la main», diront certains de ces camarades. Quand les militaires quittèrent les lieux, la population de ce village découvrit le corps du chahid Saïd Krim qu’ils nommèrent «Saïd Ath Yahia Moussa».Il était âgé de vingt-huit ans. C’était un aspirant qui attendait d’être promu au grade de sous-lieutenant en septembre 1959 par les officiers Iddir et Moh Ouali. Le destin n’était pas de son côté, car il décéda quelques semaines avant cette distinction. Le chahid Saïd Krim est né le 25 juillet 1931 à Tizra Aïssa, dans le douar des Ath Yahia Moussa, comme toute la famille Krim. Il était le cousin germain des Belkacem, Rabah et Arezki Krim: une lignée d’hommes qui donnèrent du fil à retordre à la force coloniale depuis le début des années 40. Tout comme les jeunes de son âge, il s’adonnait à de petits travaux. Il était issu d’une famille modeste. Il travaillait dans le café maure de son père.
Un fin stratège militaire
En plus de ce petit boulot, il aimait aller à la chasse. Ce qui fit de lui, par la suite, après son engagement dans les rangs de l’ALN, un tireur d’élite. En septembre 1955, son cousin Rabah, le frère de Krim Belkacem, l’approcha et lui proposa de rejoindre le maquis dans sa région natale. Vu son courage et sa conviction, il n’attendit même pas l’avis de son père Ramdane. Il prit, alors, son fusil de chasse et monta dans les forêts avoisinantes. Ses premières actions aux côtés de ses frères lui donnèrent une notoriété. D’ailleurs, dix jours avant la tenue du congrès de la Soummam (20 août 1956), à Ifri Ouzallaguène, il fut chargé par le colonel Amar Ouamrane de former son groupe d’une dizaine d’éléments, afin de rallier en urgence Ifri, pour sécuriser le lieu du congrès. Au retour de cette mission, qu’il avait accomplie avec réussite, il fut désigné comme chef de secteur (adjudant) et comme adjoint son ami Rabah Toutah, un autre brave homme.
Un portrait géant en préparation au CFPA Saïd Krim
Au mois d’avril 1957, aux environs de vingt heures, il était sur le chemin de son village vers Maâtkas, un passage qu’il connaissait beaucoup, et plus précisément à Kantidja, une embuscade lui avait été tendue par l’ennemi. Il s’engagea et riposta avec vaillance devant les militaires qui étaient en nombre important. Il fut blessé à l’épaule, mais ses camarades le transportèrent sur leur dos jusqu’à Aïn Zaouïa, où il fut soigné par M. Saïd Slimani, qu’on appelait «Saïd Le Pharmacien». En avril 1957, il assista à une réunion avec le chef de secteur Slimani Mohamed, dit Si Moh Ouali, et ses adjoints. Ils préparèrent un plan d’action pour mener une embuscade au lieu-dit Taourit à Boumahni. D’ailleurs, le 3 avril, le capitaine Maureau fut tué par Slimani Mohamed qui lui prit son arme. Cela provoqua une réaction violente des soldats français qui bombardèrent et rasèrent entièrement le village d’Ath Maâmar, les 11 et 12 avril de la même année. En 1958, il devint aspirant. Lors d’une réunion tenue au début de l’année 1958 à Boghni, en vue de décerner des grades, le commandant Iddir et Moh Ouali, le capitaine Rabah Krim et les autres membres, après concertation, le décorèrent à l’unanimité de grade d’Aspirant et décidèrent de l’affecter, pour prendre la région sud de Tizi-Ouzou (Draâ El-Mizan, Aïn Zaouïa, Frikat jusqu’à Bounouh). Tout juste après, il fut informé que son frère Ahmed était tombé au champ d’honneur à Rabets (Aït Yahia Moussa), où furent tombés aussi sa mère, sa belle sœur, son fils Slimane, alors que son épouse souffrait de blessures. Il arriva, avec son cousin Rabah, et jurèrent devant la population de ce village de venger ces martyrs. C’était au cours de l’opération Jumelles. En février 1959, alors qu’il effectuait des tournées dans son secteur, il remarqua des va-et-vient de soldats français. Il leur tendit une embuscade avec son groupe à Kerouane, sur les hauteurs de Draâ El-Mizan, au lieu-dit «tunnel Guergour». On raconta que celle-ci s’était soldée par plusieurs morts et blessés. L’histoire du Chahid Said Krim, comme celle de ses cousins Belkacem, Rabah et les autres, ne peut être racontée en une seule page parce qu’il participa à toutes les batailles qui eurent lieu dans son secteur, ô combien sensible et surveillé par les soldats français. Le 31 octobre prochain, à la veille du premier novembre, à l’occasion du 63e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, le bureau local de l’Organisation nationale des enfants de chouhadas (ONEC) et la direction du Centre de formation professionnelle et d’apprentissage (CFPA), baptisé du nom du martyr, lui préparent un hommage comprenant diverses activités, dont l’inauguration de son portrait géant dans la cour de l’établissement en question.
Amar Ouramdane

