“Nous ne quitterons pas nos postes!”

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La Dépêche de Kabylie : Vous êtes aux commandes de la municipalité la plus importante de la wilaya. Quel bilan en faites-vous après quelques d’exercices ?ll Chérif Aït Ahmed : Avant d’aborder votre première question et à l’effet d’esquisser les contours de votre entretien d’une part, je me permets de rendre hommage à tous les hommes de culture en général et plus particulièrement à Mouloud Mammeri et à Mouloud Feraoun qui marquent à jamais l’histoire de notre pays, et dont on vient de commémorer l’anniversaire de leur violente et tragique disparition, tout comme on célèbre le 7 avril, l’assassinat horrible de Ali Mecili, intelligence politique avérée.L’Algérie est à un tournant décisif de son histoire. Malgré les résistances et les non-dits d’une société étoffée sous le poids d’un système de démocratie de façade, la naissance d’une Algérie démocratique est imminente, et pourra se faire grâce à la volonté de tout le peuple.Ce peuple, qui se doit de renforcer son intégration en prenant conscience davantage de son cadre de vie et de son statut de citoyen à part entière, avec des devoirs et surtout des droits fondamentaux.Cette intégration se fera dans tout les domaines sociaux, économiques, financiers, culturels… et surtout politiques.Jusque-là, l’Algérien a toujours été écarté de toute sorte de débat, même celui le concernant au premier degré, dans sa vie de tous les jours. C’est dans cette optique que nous tablons notre action, en renforçant la communication et les rapports de proximité avec nos citoyens en allant le plus souvent vers eux et être à l’écoute de leurs soucis quotidiens et surtout leur apporter le plus de réponses possibles, avec le peu de moyens mis à notre disposition, car malgré l’importance de la ville, nos capacités d’action restent par moment très “exsangues” par un passif très lourd, un regard de tutelle très critique, et un système administratif qui ne suit pas toujours. Et puis, il faut savoir aussi “Tizi Ouzou est peut être la municipalité la plus importante, mais aussi, aux problèmes les plus importants !”.

Monsieur le président, le spectre de la destitution plane sur vos institutions, quelle est votre appréciation des évènements en cours ?ll Nous assistons à l’une des plus grandes monstruosités politiques de notre pays. Ni les conclaves souterrains ni les négociations de coulisses ne peuvent masquer cette réalité. Le recours aux procédés de coup d’Etat et la falsification politique pour dissoudre les APC et les APW des deux wilayas du pays, en est la preuve de l’infirmité politique de nos dirigeants qui persistent dans leur logique raciste en cultivant la division, la haine et le charlatanisme politique. Des dirigeants qui continuent à gérer le pays comme un Souk El Fellah.Les évènements en cours montrent l’indigence intellectuelle et politique de ceux qui continuent à croire qu’il est possible de rendre docile une région dont les traditions politiques sont inversement proportionnelles à leur indigence. Réduire la crise politique profonde que vit notre pays a une crise régionale est une démarche comparable à un exercice de voyance qu’à un exercice de la politique.Cette dérive aux conséquences incalculables vise à disloquer politiquement, socialement et économiquement la région de Kabylie. Il est clair que les décideurs ambitionnent à continuer l’invasion institutionnelle de l’autre côté. En finalité, le club des décideurs traîne depuis la révolution, le complexe de leurs inaptitudes devant les Abbane Ramdane, Hocine Aït Ahmed et Krim Belkacem.

Avez-vous arrêté une stratégie de riposte, et quelles en sont les chances d’y aboutir ?ll En face de la politique de la force, nous avons toujours opposé la force du politique. Nous avons maintenant, la preuve que la participation du FFS aux élections locales d’octobre 2002 n’a pas été digérée.La riposte du parti a toujours été la résistance pacifique et la mobilisation politique. Notre stratégie consiste à rester aux côtés de la population quel que soit le prix à payer. Rester aux côtés de la population est notre raison de faire de la politique.Contrairement à ceux, qui après avoir mené plusieurs tentatives pour mobiliser la population à l’effet de faire partir les élus du FFS, ont trouvé plus facile et plus expéditif de le demander à leurs maîtres.Le recours à la destitution par décret est un acte de désespoir politique, une preuve supplémentaire de leur incapacité à mobiliser la population. Un décret totalement illégal et arbitraire. Concernant les chances d’aboutissement de notre combat, je vous précise que nous militons pour un projet qui va au-delà des institutions locales. Un projet démocratique et alternatif qui intéresse l’ensemble des Algériennes et des Algériens.Quant à la question qui touche aux institutions locales de Tizi Ouzou et de Béjaïa, je peux vous affirmer sans démagogie aucune, que notre combat réalise quotidiennement des exploits politiques très importants.Contraindre le pouvoir à agir par décret en est une victoire politique historique qui nous renforce dans notre conviction à continuer de militer pacifiquement pour la démocratie. Ceci ne veut pas dire qu’on va nous laisser faire. Nous ne renonçons pas d’un iota à nos acquis et à notre conviction.

Concrètement, quelles sont les mesures que vous avez arrêtées pour porter votre réaction sur le terrain, et quels sont vos partenaires ?ll Je vous renvois à la déclaration de la direction nationale de mon parti qui a eu à se prononcer sur cette question en posant des préalables politiques pour aller vers un dialogue sérieux avec les autorités du pays. Nous nous sommes imposés des règles politique et d’éthique infranchissables que je peux résumer en ce qui suit : l’ordre du jour et les objectifs du dialogue doivent être définis d’un commun accord, le dialogue doit se dérouler dans la transparence la plus totale en présence de la presse nationale, élargi aux acteurs sociaux autonomes et retransmis en direct à la télévision.Sur le terrain, les militants du FFS sont engagés dans une vaste campagne politique de proximité pour expliquer à la population les dessous d’un dialogue qui s’apparente à une session d’inventaire et de renouvellement de missions.

On parle d’un élargissement au-delà de vos rangs, de la contestation jusqu’à construire un front de refus de parti. A quoi vous en tenez ?ll Cette question touche l’ensemble des formations politiques, non seulement celles siégeant aux assemblées locales. L’objectif de ce coup de force est de pousser la population à renoncer à l’acte de vote, à l’exercice de la politique et à la compétition électorale, des préludes à une extinction progressive mais totale de la vie politique. Particulièrement en Kabylie où le scepticisme électoral a atteint un niveau élevé, le pouvoir enfonce la situation en précarisant le vote en le rendant incertain pour ne laisser sur la sphère électorale que ceux qui bénéficient de sa bénédiction.C’est-à-dire, indirectement, on suggère à la population une démission politique et électorale puisque pour n’importe quel prétexte n’importe quelle secte peut prétendre représenter la population pour demander la révocation.Pour éviter de voir s’élargir la protestation, le pouvoir a tenté de soudoyer quelques élus en leur proposant de l’argent et autres avantages quant parallèlement, des instructions sont données aux élus de la coalition pour se retirer à l’effet de créer un vide institutionnel qui justifiera la dissolution. Très vite, les états-major politiques de la coalition, bunkérisés dans les villas d’Alger se sont rendus compte qu’ils ne sont d’aucune emprise sur leurs élus, d’où le recours au décret pour cacher un fiasco certain. Les archs sont ainsi devenus le bouclier politique qui a permis à l’actuelle direction du FLN, par exemple de cacher son incapacité à se faire reconnaître par sa propre base.

Le chef du gouvernement a reconnu que dans certaines municipalités, le nombre d’élus est supérieur à celui des électeurs, ce qui sous-entend l’illégitimité des mandats. Quel commentaire en faites-vous à ce propos ?ll Il ne s’agit pas de commentaire, mais je vous fais deux démonstrations :1- Si le nombre de voix obtenues par une liste est inférieur au nombre de candidats, cela prouve que les élections n’ont pas été boycottées, mais plutôt empêchées de force et que les candidats n’avaient même pas de possibilité pour exercer leur droit de voter. Je vous donne un exemple simple et vérifiable. Des militants du FFS de la fédération de Bordj Bou Arréridj se trouvent actuellement en prison pour avoir mené la campagne du boycott de la dernière mascarade électorale. Ils sont accusés d’avoir obstrué les élections, alors qu’en Kabylie, des fascistes se sont permis de brûler les urnes, de proclamer la mise en quarantaine de citoyens, de priver la population de la circulation, de l’expression… et à la fin de la mission, ils se voient glorifiés et attitrés de patriotes.Les élections d’octobre 2002 validées par des commissions de surveillance, des élections composées de trois magistrats. L’article 88 de l’ordonnance n°97-07 du 6 mars 1997 portant loi organique relative au régime électoral stipule que la commission électorale de wilaya est composée de trois magistrats désignés par le ministre de la Justice. En résumé, les élections locales d’octobre 2002 ont été validées par une instance judiciaire composée de magistrats désignés par Ahmed Ouyahia lui-même.

Si les partielles viendraient à se tenir, seriez-vous candidat, pour enfin finir votre mandat ?ll La question est avant tout une question politique. La participation ou le boycott d’une élection ainsi que le choix des candidats est une décision qui émane du débat qui se déroule en permanence au sein des instances politiques du parti. A ma connaissance, les partielles ne sont ni la priorité ni la préoccupation du parti actuellement.Vouloir nous mettre dans l’après-débat qui n’est pas encore clos est une manœuvre de plus pour nous imposer un rythme de fait accompli et une accélération d’événements que seul le pouvoir sera le maître d’œuvre. Je suis personnellement conscient des enjeux et des appétits qui s’aiguisent autour de l’APC de Tizi Ouzou particulièrement. Les prédateurs croient pouvoir s’offrir une ou plusieurs APC en se mettant sur le lit de la mafia locale. Je profite d’ailleurs de cette occasion pour dénoncer certains chefs de daïra et autres agents de l’administration qui sont en train de mener une campagne politique auprès des associations et des comités de village contre les élus du FFS.

Les derniers développements font que des négociations sont en passe de se faire entre votre tutelle et le gouvernement sur cette question cardinale d’élections partielles. Qu’en est-il au juste ?ll Il n’y a eu aucun contact ni direct ni indirect entre le FFS et le gouvernement. Nous sommes allergiques aux conclaves souterrains et aux négociations de coulisses. La direction du parti a pris acte de la demande d’Ouyahia d’aller vers un dialogue et posé des conditions politiques qu’elle a déclinées à l’occasion de la conférence de presse, animée récemment par le premier secrétaire, Ali Laskri. Ces conditions sont connues de tous : transparence dans les contacts, transparence dans la définition des objectifs et transparence dans le déroulement du dialogue. Notre dignité de citoyen et notre conviction de militants politiques sont scellées et non négociables. Le reste n’est que de la spéculation politicienne.

Entretien réalisé par Khaled Zahem

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