Pour atteindre ce microcosme rural confiné dans un espèce de huis clos communautaire, on emprunté, à partir d’Ighil Oudlès, un hameau voisin, un chemin vicinal qui serpente le relief accidenté de la montagne. Cette voie a été revêtue voilà quatre années dans le cadre des plans communaux de développement (PCD). Le village Ivouzidène s’ouvre à la convivialité avec une générosité légendaire. Au fond de ses venelles accidentées, une vie paisible et morne s’écoule, déversant ses mains calleuses dans les champs où l’arboriculture et quelques maraîchages de subsistance sont les rares survivants d’une activité agricole jadis prospère. L’architecture « utilitaire » des constructions en pierres grossièrement taillées avec maçonnerie en pisé et toitures en tuiles à deux versants s’imposent à la vue. Quelques maisons cossues voisinent avec de veilles bâtisses lézardées ou à moitié délabrées, témoins des blessures portées par la patine et l’oubli de l’homme. Ivouzidene fait partie des quatorze villages de la commune d’Ouzellaguen rasés par l’armée française quelques mois après la tenue du congrès de la Soummam. Plusieurs maisons demeurent toujours en ruine, étalant au grand jour les stigmates et les meurtrissures infligées par la guerre. L’édicule (Tajmaât) en tôle ondulée qui représentait le cœur, le pouls et l’âme du village est à présent voué à l’abandon. La fontaine publique, fraîchement retapée, occupe le centre du village. Un filet d’eau d’une extrême douceur s’écoule d’une large bouche et semble convier à la dégustation. Le liquide est recueilli dans une vasque servant d’abreuvoir au bétail, aujourd’hui presque inexistant. Comme la plupart des villages de montagne, Ivouzidene vit le tragique problème de l’exode. « Seule une dizaine de familles vivent encore ici, des retraités pour la majorité », nous dit Arezki ; l’esprit de clocher manifeste. « Tous les autres sont allés s’installer en ville ou dans ses environs immédiats. Ils ne reviennent ici que pour y passer quelques jours de vacances », poursuit-il. Une affaire de survie, en somme, que ni la beauté de la nature ni le calme rédempteur de la montagne ne peuvent assurer. Déserté par ses habitants, Ivouzidene sombre dans la décrépitude et la dégradation générale et se mue progressivement en village fantôme.
Nacer Maouche
