Béjaïa Son taux de remplissage chute à 40% – Le barrage Tichy Haf à son plus bas niveau

Le niveau du barrage Tichy Haf, dont l’étendue aquifère touche les territoires des communes de Bouhamza et Tamokra, a sensiblement baissé.

Conçu pour régulariser un volume théorique de 81 millions de m3 d’eau, l’ouvrage affiche un taux de remplissage qui ne dépasse guère les 40%. «C’est le niveau le plus bas jamais enregistré depuis la mise à eau du barrage, voilà douze ans. Le déséquilibre entre les prélèvements et les apports pluviométriques s’accentue d’année en année», relève un responsable local de l’agence nationale des barrages et transferts (ANBT). Notre interlocuteur assure, néanmoins, que même dans le plus pessimiste des scénarios (absence durable de pluie), le volume d’eau emmagasiné suffira à couvrir les besoins des citoyens pour une période de 6 à 7 mois. Le responsable de l’ANBT fait état, par ailleurs, de la présence de près de 8 millions de m3 de substrat alluvionnaire au fond de la retenue. Cela représente un taux d’envasement de près de 10%, estime-t-il. «Nous sommes un peu en dessous de la moyenne nationale qui tourne autour de 13% de taux d’envasement », indique-t-il. Un expert dans le domaine explique ce phénomène et le qualifie de «rançon de l’imprévision et de l’improvisation qui ont caractérisé la construction de ce projet». Un projet dont la conception, souligne-t-il, a fait l’impasse sur la protection des bassins versants : correction torrentielle, labours suivant les courbes de niveau, couverture boisée… L’érosion hydrique due aux eaux de pluie a raviné les collines dénudées. Les torrents de montagne et les ruisselets ont charrié tout le substrat organique des sols drainés, avant de les sédimenter au fond du barrage. Outre qu’elles amoindrissent les capacités de stockage de la retenue, ces matières sédimentaires sont soumises à un processus de dégradation qui consomme une large proportion de l’oxygène dissous dans l’eau. Il en résulte une eau de piètre qualité. «Dès que le niveau du barrage passe en dessous de 50% de son taux de remplissage, la qualité de l’eau se dégrade peu à peu», atteste un responsable de l’ADE, réaffirmant que «sa potabilité n’est pas sujette à caution» pour autant. «Il y a un traitement permanent et des contrôles continus sur toute la chaîne d’adduction et de distribution», soutient-il. L’équation s’annonce, néanmoins, complexe car le défi est à la fois qualitatif et quantitatif. En amont, la ressource se raréfie. En aval, elle est sujette à une déperdition, en raison des fuites qui affectent le réseau de distribution. Le peu de liquide qui arrive dans les robinets est l’objet d’un gaspillage éhonté. Une eau traitée avec du charbon actif d’importation est utilisée pour laver les véhicules, arroser les espaces verts, ou encore asperger les trottoirs. Le tout, sans verser un sou vaillant en contrepartie !

N. Maouche