La crise de lait s’est plus que jamais installée à l’ex-Michelet, après une accalmie qui n’aura duré que quelques semaines.
Les commerçants de la ville d’Aïn El Hammam et des villages environnants ne cessent de se plaindre des distributeurs qui imposent leur dictat, au vu et au su de tous. Contraints de vendre le lait en sachet de 25 dinars, concomitamment avec celui de 50 dinars, ils sont, depuis quelques temps, pris entre le marteau des contrôleurs et l’enclume des livreurs. «Les deux distributeurs, ayant le monopole dans la région ne consentent à nous livrer que si nous consentons à prendre le produit dit lait entier, plus cher», nous confie en aparté K. A. à qui nous demandons s’il a été livré la semaine dernière. Comme ses collègues, il refuse de réceptionner son quota de peur des contrôleurs qui «rôdent dans les parages». Ils nous ont avertis, ajoute-t-il, que «nous nous exposons à des amendes allant jusqu’à cinq millions de centimes», s’ils venaient à être surpris en infraction de vente concomitante. «Pourquoi, est-ce qu’ils (les contrôleurs) ne vont pas constater cette carence, à la source ? Pourquoi les fabricants refusent les agréments à des citoyens qui veulent s’investir dans la distribution ?», ajoute un revendeur de la périphérie de la ville. «Si le camion arrive tard, je prends le lait et je le revends en cachette à des clients qui ne me dénonceront pas». Seul le centre commercial de la région consent à céder le sachet à 25 dinars, sans conditions de prix ni de quantité. Cependant, pour y accéder, les clients sont soumis à un véritable parcours du combattant qui commence sur le trottoir. «C’est une marche» ironise un jeune devant le magasin où se trouvaient plusieurs centaines de personnes qui attendaient l’ouverture de ses portes, depuis le matin. Face au portail qu’elle ne quitte pas des yeux, une foule de clients estimée à plusieurs centaines ressassait le problème de l’approvisionnement de la région en lait en sachet. Chacun y va de ses propositions mais personne n’ose élever la voix. Devant cette affluence, l’employé chargé de l’ouverture de la grille d’entrée hésite à la soulever, de peur d’être écrasé. «J’ai failli être emporté par cette vague», dit l’un, «ayez un peu d’égards pour les vieux et les femmes !» dit un autre. Les bacs vidés en tas dans un coin sont pris d’assaut. Des cris de colère fusent de cette bousculade avant que des altercations n’éclatent. Les milliers d’unités mises en vente se sont comme évaporées en un clin d’œil. Les derniers arrivés, tout comme ces vieux à la santé fragile, repartiront bredouilles, encore une fois. La situation si elle perdure, risque d’avoir des conséquences dramatiques. Les risques de piétinement des personnes âgées ou les bagarres qui ne manqueront pas de survenir pour ce produit ne tarderont pas à faire leur apparition. En guise de conclusion, une vieille femme écrasée par la foule eut ces mots significatifs : «j’espère mourir dans mon lit et non pour du lait». On ne sait pas si elle a réussi à arracher quelques sachets, à cette cohue.
A. O. T.

